Lumix S1R

[photokina 2018] Panasonic Lumix S : voilà, c’est comme ça qu’on fait des hybrides 24 x 36 mm !

Sans le teasing de Nikon, sans l’artillerie de Canon, sans les espoirs déçus par Sony (dont la conférence a fait pschitt), Panasonic vient donc de dévoiler ses hybrides 24 x 36 mm. Et pour le dire simplement : ça va saigner !

 

Je n’ai jamais caché que j’aimais beaucoup Panasonic (pourtant, ce n’était pas gagné) et, comme dans toute véritable histoire d’amour, Ōsaka parvient encore et toujours à m’étonner. Oui, leurs hybrides 24 x 36 mm étaient attendus, oui, l’alliance avec Leica et Sigma autour de la monture L étaient connue, oui la 8K allait forcément être évoquée, mais malgré tout, je ne peux m’empêcher d’être envahi d’une fébrile excitation doublée d’une hâte prononcée d’être déjà à 2019.

 

Quand une conférence débute avec ce récapitulatif historico-technique, ça donne déjà une bonne idée de ce dont il va être question…

 

En fait, Panasonic vient de réaliser ce que nous attendions depuis presque huit ans : une véritable conférence photokina qui excite, qui enthousiasme, qui donne envie d’être déjà demain et confirme qu’on a bien fait de se lever tôt ce matin. Et mine de rien, cela fait du bien (de se lever le matin). Surtout, Panasonic nous a épargné les grands bavardages remplis de graphiques détaillant l’évolution du marché, et les discours technico-marketing un peu creux pour masquer des non-annonces. Bon, il y a eu le passage un peu alambiqué pour expliquer que cette année Panasonic fêtait son centième anniversaire – en fait, la société Matsushita a été crée en 1917, le nom commercial PanaSonic est apparu en 1927, et l’entreprise a été rebaptisée Panasonic Corporation en 2008 seulement – et celui pertinent sur les hybrides Lumix G soufflant leur dixième bougie. Mais c’est de bonne guerre.

Trêve de longueurs, entrons maintenant dans le vif du sujet.

Put your hands up, put your hands up, put your hands up in the air !

 

 

Panasonic Lumix S1 et S1R : deux hybrides 24 x 36 mm qui n’ont peur de personne

 

Les annonces des Nikon Z6/Z7 et du Canon EOS R sont encore toutes fraiches dans les esprits. Et avec elles, les critiques relatives à leurs lacunes techniques, notamment de la vidéo 4K pas vraiment 4K, et en seulement 30p, du 10 bits seulement en externe, de la 4K/UHD recadrée et l’absence de stabilisation mécanique chez Canon, la présence d’un unique emplacement mémoire chez les deux, et en plus uniquement XQD chez Nikon… Et en constatant ce matin que Sony n’a pas présenté de remplaçant à l’Alpha 7s II, que Leica a seulement un annoncé un S3 (donc moyen format) mais pas de successeur au SL (Typ 601), Panasonic disposait donc d’un boulevard devant lui pour dérouler sa présentation. Qui, une fois n’est pas coutume, était presque guillerette (pour une présentation japonaise, j’entends) avec des effets de lumière, de fumée, et tout. Bon, par contre, pour ce qui suit, il faut bien garder un élément à l’esprit, capital : il s’agit uniquement d’annonces de développement, sans date ni prix officiels de lancement (mais ça sera début 2019). En fait, Panasonic nous refait le coup du Lumix GH5 présenté lors de la photokina 2016, sous cloche lors du Salon de la Photo, pour un boîtier finalement arrivé début 2017. Du coup, est-ce que nous pourrons voir des maquettes de Lumix S1 et S1R au prochain Salon de la Photo en novembre ? Suspens…

 

 

Comme le laissaient entendre les rumeurs, il y aura donc deux hybrides 24 x 36 mm, à l’instar de ce que pratiquent Sony et Nikon, qui se distinguent a priori uniquement par la définition de leur capteur : 24 Mpx pour le Lumix S1, 47 Mpx pour le Lumix S1R. Panasonic n’a pas précisé s’ils étaient à l’origine de ces capteurs (mais plus que probablement, oui) ni s’ils étaient rétro-éclairés (mais, là encore, plus que probablement oui). Pour le reste, comme vous pouvez le constater, le châssis est identique sur les deux, ce qui comprend :

  • Tropicalisation intégrale ;
  • Double stabilisation (5 axes capteur, 2 axes optiques, comme sur le Lumix G9) ;
  • Double emplacement mémoire (un SD, très certainement UHS-II, et un XQD, et là faudra m’expliquer… à moins que ce ne soit pour anticiper la 4K 120p puis la 8K…) ;
  • Viseur électronique (probablement OLED, mais ce n’est pas précisé, et la définition est inconnue mais ça va être au minimum 3,6 millions de points) ;
  • Écran orientable 3 axes, donc sur rotule (la définition est inconnue, tout comme la technologie, mais il sera, assurément, tactile, et probablement OLED et HDR) ;
  • Autofocus hybride, DFD et à détection de contraste, associé à du « deep learning » (et là, je demande à voir) ;
  • Obturateur « haute fiabilité » (ce qui veut tout et rien dire) ;
  • Et bien sûr, vidéo 4K/60p pour tout le monde (espérons-le sans recadrage, sinon, ce serait un peu la honte) !

 

Ah bah merde, du deep learning… Je l’avais pas vue venir celle-la.

 

Il reste, néanmoins, plusieurs inconnues. Point crucial sur les hybrides, aucun mot n’a été dit de l’autonomie ni de la batterie utilisée. Pour le premier cas, cela se comprend, puisqu’il est délicat d’annoncer une autonomie pour un produit encore en développement. Par contre, il aurait été intéressant de savoir tout de suite si les Lumix S vont utiliser la même DMW-BLF19 E (7.2V, 1860mAh) que les Lumix GH5/GH5s/GH4/G9. L’endurance de l’obturateur n’est pas précisée, ni-même les vitesses d’obturation maximale : 1/4000 s ou 1/8000 s en mécanique ? 1/16000 s ou 1/32000 s en électronique ? Aucune information, non plus, n’a été donnée quant à la plage de sensibilité, ce qui est quand-même l’un des grands intérêts du 24 x 36 mm par rapport à un capteur 4/3″, surtout que même avec 47 Mpx sur du 24 x 36 mm, nous avons des photosites 60 % plus grands que sur le GH5 (4,29 µm de côté contre 3,33 µm). Dans le cas du Lumix S1 et ses 24 Mpx, ce sont même des photosites 3,2 fois plus grands que ceux du GH5, et 60 % plus grands que ceux du GH5s ! Cela laissera songeur les utilisateurs de ce dernier…

Côté vidéo, s’il est bien question de 4K 60p (et, je l’espère, de 4K ET d’UHD), il n’est pas précisé si l’enregistrement pouvait se faire en 4:2:2 10 bits internes. En tous cas, il n’en a pas été question durant la conférence et ce n’est pas précisé dans le communiqué de presse. De même, il faudra attendre les spécifications finales pour connaître les cadences rafales, en AF-S, en AF-C, en RAW et en JPEG.

 

Remarquez le commutateur ON/OFF indépendant, qui semble témoigner de la prise en compte des remarques sur les commutateurs fragiles des GH5/GH5s.

 

Comme vous pouvez le constater, avec leur écran secondaire sur l’épaule droite et leur design, les Lumix S1/S1R se rapprochent plus du Lumix G9 que des Lumix GH5/GH5s. Par rapport à un Leica SL, l’interface est beaucoup plus… japonaise, comprendre par là beaucoup plus garnie (et, je l’espère, paramétrable). Ce n’a pas été précisé mais, ce qui serait vraiment top, ce seraient des boutons rétroéclairés au dos et sur le capot : espérons une bonne surprise.

 

Notez, au niveau du pouce droit, le joystick toujours pratique.

 

Du côté des accessoires, rien n’a été annoncé. Pour eux qui attendaient une bague Micro 4/3 vers monture L, comme je l’expliquais ce matin dans mon article sur le « L-Mount Alliance », une telle chose est physiquement impossible. Il n’y a, pour le moment, pas de trace d’un grip avec batterie(s) complémentaire(s) mais nul doute qu’il devrait arriver. Question subsidiaire : sera-t-il possible d’utiliser l’adaptateur Lumix DMW-XLR1 ? Sachant que, pour l’heure, ce dernier n’est compatible qu’avec les Lumix GH5/GH5s mais pas avec le Lumix G9, rien n’est moins sûr. Enfin, il n’y a pas eu non plus de précisons quant aux connectiques physiques et sans fil présentes : HDMI complète ? Probablement. USB 3.0 ? Oui, pour sûr, mais en Type C (comme les GH5/GH5s) ou Micro-B (comme sur le G9) ? Prises casque et micro ? Assurément (argumenter par l’absence de place serait malvenu). Wi-Fi ? Of course. NFC ? Panasonic a tendance à l’abandonner, idem pour le GPS. Bluetooth basse consommation ? C’est presque certain.

 

La 8K ne sera pas pour cette génération mais, Panasonic le promet, ce sera bon pour 2020. Notez au passage que les Lumix S1 et Lumix S1R devraient, a fortiori, tous deux capables de faire de la Photo 4K, de la Photo 6K, et peut-être même de la Photo 8K dans le cas du Lumix S1R…

 

 

Lumix S et optiques : la puissance de la L-Mount alliance

 

 

Seront disponibles en même temps que les boîtiers Lumix S trois optiques : une focale fixe 50 mm f/1,4 (avec une vrai bague de diaphragme), un 24-105 mm dont l’ouverture n’a pas été précisée (f/2,8-4 ? f/2,8 constant ? f/4 ? Cette dernière hypothèse est la plus probable au regard de l’encombrement de la bête) et un 70-200 mm (très certainement en f/4 constant aussi). De ce côté, Panasonic se montre moins ambitieux de prime abord que Nikon (un 35 mm f/1,8, un 50 mm f/1,8, un 24-70 mm f/4 et un 58 mm f/0,95 en préparation) et que Canon (un 35 mm f/1,8, un 50 mm à f/1,2, un 24-105 mm à f/4  et, surtout, un 28-70 mm f/2 ! ). Et puisque la monture L mesure 51,6 mm de diamètre, vous pouvez déjà avoir une bonne idée de l’encombrement de ces nouvelles optiques Lumix S, surtout comparées aux optiques équivalentes Micro 4/3 ! De quoi confirmer, si besoin était, que les petits capteurs sont plein d’avantages.

 

 

S’il n’y aura donc « que » trois objectifs au début du système Lumix S, Panasonic promet une gamme de 10 optiques d’ici la fin 2020. À celle-ci doivent s’ajouter les optiques Leica SL déjà en service (et à venir), ainsi que celles de Sigma dont, pour l’instant, nous ne savons absolument rien, sinon qu’elles seront en montures L et couvriront le 24 x 36 mm. Comme pour les boîtiers, aucun ordre de prix n’a été donné mais, quelle que soit l’optique, la barre des 1000 € devrait être allègrement franchie : oui, le 24 x 36 mm, ça coûte cher. Mais je ne vous apprends rien. Espérons néanmoins qu’il se créera une émulation bénéfique aux photographes entre Panasonic et Sigma, d’une part d’un point de vue des tarifs, d’autre part d’un point de vue des gammes (et de leur non-chevauchement) et, surtout, que les technologies AF seront partagées et que la double stabilisation fonctionnera aussi avec des optiques Sigma (si elles sont stabilisées).

 

 

Du 24 x 36 mm, oui, mais les Lumix G Micro 4/3 ne sont pas oubliés !

 

 

C’est sans conteste cette partie de la présentation qui montre que Panasonic est un peu plus malin que les autres. Alors que les concurrents Nikon et Canon n’avaient d’yeux que pour leur nouveaux boîtiers 24 x 36 mm, Panasonic a pris le temps de rassurer sur l’avenir des Lumix G Micro 4/3 et de rappeler que, non, la sortie d’un nouveau système ne rend pas obsolète celui déjà en place, et que les bons boîtiers d’hier… restent bons aujourd’hui, avec des qualités qui leur sont propres. D’un point de vue pédagogique, c’est essentiel. Si les deux systèmes coexisteront, il n’a cependant pas été question d’une bague permettant d’utiliser les optiques en monture L sur des boîtiers Micro 4/3… Mais qu’importe, car en plus du système Lumix S, Panasonic nous réservait une dernière annonce produit dans son escarcelle, et ça, les rumeurs n’en parlaient pas (ou alors je suis passé à côté) :

 

 

Il s’agit, là encore, d’une annonce de développement, sans précision quant à la disponibilité ni au tarif. Il s’agit donc d’un zoom à ouverture constante, et pas des moindres : f/1,7. C’est, toutes montures hybrides confondues, le nouveau record. Bien sûr, impossible de ne pas voir dans ce Leica DG-Vario-Summilux 10-25 mm f/1,7 ASPH un pied de nez au très populaire Sigma 18-35 mm f/1,8 DC HSM | Art. Surtout que, maintenant que les deux entreprises collaborent sur la monture L, il devient encore plus légitime de se demander si Sigma, de son côté, va un peu plus s’investir dans la monture Micro 4/3…

Cerise sur le gâteau, pour le système Lumix G Micro 4/3 : de nouvelles mises à jour firmware sont désormais disponibles, et voici ce qu’elles apportent, boîtier par boîtier :

 

LUMIX GH5 Ver.2.4

1. Un autofocus plus précis
2. Un système d’enregistrement vidéo amélioré

LUMIX GH5S Ver.1.2

1. Un autofocus plus précis
2. L’amélioration de la stabilité en sortie HDMI
3. Des performances d’enregistrement vidéo enrichies
4. Une meilleure efficacité en conditions d’éclairage spécifiques (lampes fluorescentes, etc.)

LUMIX G9 Ver.1.2

1. Un autofocus plus précis
2. Une meilleure efficacité en conditions d’éclairage spécifiques (lampes fluorescentes, etc.)

 

LUMIX GX9 Ver.1.2

1. Une meilleure efficacité en conditions d’éclairage spécifiques (lampes fluorescentes, etc.)

 

 

One more thing…

 

Parce que ce n’est pas fini ! Il ne s’agit plus de matériel ici mais de service et, plus précidément, du Service Panasonic Image Lumix PRO. Celui-ci se destine aux utilisateurs de GH5, GH5s, GH4 et G9 dans un premier temps, mais nul doute qu’il sera également étendu aux utilisateurs de Lumix S dès que ceux-ci seront en circulation. Même si, en vrai, on n’en sait pas grand chose, cela fait quand-même plaisir que Panasonic s’y mette enfin et se donne des moyens « après-vente » à la hauteur de leurs ambitions.

 

 

Au risque de me répéter : que cette rentrée photographique est excitante ! Et encore, au moment où j’écris ces lignes, se tient la conférence Fujifilm, que je m’en vais de ce pas consulter. Quoi qu’il en soit, rendez-vous fin 2019 pour découvrir qui de Nikon, Canon, Sony ou Panasonic aura réussi à s’accaparer la place de numéro 1 du 24 x 36 mm. Et, là, sur le papier, cela me semble tout de suite un peu plus compliqué pour Nikon et Canon…

 

 

8 commentaires sur “[photokina 2018] Panasonic Lumix S : voilà, c’est comme ça qu’on fait des hybrides 24 x 36 mm !”

  1. « Panasonic vient de réaliser ce que nous attendions depuis presque huit ans : une véritable conférence photokina qui excite, qui enthousiasme, qui donne envie d’être déjà demain et confirme qu’on a bien fait de se lever tôt ce matin. »

    Hasselblad a fait une conférence comme ça en 2012.
    Bon, à la fin de la conf, on comptait les minutes de sommeil perdues, mais au départ c’était comme ça.

    1. J’ai presque été tenté d’évoquer la conférence pour le Samsung NX1 mais, en fait, sur le coup, c’était plus de l’incompréhension/étonnement dans la salle que de l’excitation… (Bon, c’est pas tout ça, mais avec ces conneries, j’ai pas encore eu le temps de manger. Donc, au menu, ce sera saucisse et chou, avant de m’attaquer aux nouveautés Fujifilm.)

  2. Sur une note plus sérieuse, personnellement, je trouve très intéressant que Pana lance directement un 70-200. Canon et Nikon font pour l’instant l’impasse sur quiconque veut shooter plus long que le portrait classique (105 mm pour l’un, 70 mm pour l’autre). Pana, lui, dit tout de suite aux sportifs et dans une moindre mesure aux animaliers « viendez donc, on vous aime aussi » — surtout que dans les 7 silhouettes des optiques à sortir « dans l’année après les boîtiers », il y en a une ou deux qui ressemblent à des focales relativement longues.

    C’est un peu comme si, plutôt que de lancer des trucs prestigieux pour marquer les esprits (28-70/2 et 58/0,95 par exemple) mais qui n’intéressent concrètement qu’une poignée de maniaques, ils mettaient un point d’honneur à sortir un système directement utilisable et polyvalent pour un peu tout le monde.

    1. Sauf que Canikon peuvent proposer des 70-200/2.8 et f/4 avec une bague d’adaptation (ce qui ne change pas grand chose vu l’encombrement stupide des 70-200 pro, et ne nuit pas trop à la qualité vu que les bénéfices des montures à faible tirage mécanique se font sentir dans les courtes focales).

      Pana n’a pas de monture plein format sous le coude… donc ils n’ont pas trop le choix, il faut proposer les basiques de suite (24-70 et 70-200/2.8), tandis que Canikon a un peu de marge. Même s’il est vrai que Sigma sortira rapidement une bague de qualité pour la monture L.

      1. (D’ailleurs Nikon a prévu un 24-70/2.8 et un 70-200/2.8 pour 2019… peut-être même seront-ils dispo avant que Pana ne sortent leur FF.)

  3. Excellent article ! Merci
    J’ai un doute sur l’écran et sur son système d’orientation j’ai l’impression qu’il n’est pas vraiment sur rotule comme tu le dis et sur les photos ça n’a pas l’air d’etre comme sur les G ?! Est il possible de me confirmer ça ? Ca serait un vrai drame pour moi et pour de nombreux utilisateurs !

    1. Effectivement, d’après Adrian (01net) et Renaud (Les Nums) qui ont eu un proto en main, il ne s’agirait pas d’une rotule mais plutôt d’un système sur 3 axes. Mais ni l’un ni l’autre ne s’attardent dessus… Du coup, est-ce qu’il faut s’attendre à quelque chose à la Fujifilm, ou plutôt à la Pentax ? (Je parierais plutôt sur du Fujilike.)

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