Panasonic photokina 2018

Un hybride 24 x 36 mm signé Panasonic : une folle rumeur… pas si folle ?

S’il y a bien un constructeur intimement lié à un format, c’est Panasonic. Chantre du Micro 4/3, « inventeur » de l’hybride, Grand Manitou de la 4K, les rumeurs prêtent à Osaka l’intention de présenter un boîtier 24 x 36 mm à la photokina. Wait. What ?

 

Ça y est, on ne les arrête plus.  Il y a eu la fièvre du samedi soir, maintenant, nous assistons à la fièvre du 24 x 36 mm. Après Canon parti à la poursuite de Nikon lui-même parti en chasse de Sony qui devrait sortir de sa tanière soit dès demain lors de l’IBC, soit à la photokina (soit les deux), ce serait maintenant à Panasonic de se jeter dans la mêlée. Après tout, plus on et de fous, plus on rit – et plus il y a de concurrence, plus l’utilisateur final a le choix, et moins les dits concurrents ont les coudées franches pour faire n’importe quoi du côté tarifaire. Bref. Après dix ans de Micro 4/3, est-ce bien raisonnable pour Panasonic de se lancer dans le 24 x 36 mm ? En fait…  oui. Ce qui ne veut pas dire qu’ils le feront – il faudra attendre la conférence du 25 septembre pour être fixé –, mais je me permets de donner mon opinion sur la question. Ce qui n’engage que moi. Et celles et ceux qui auront perdu dix minutes de leur vie à me lire. Ceci dit, je pourrais m’en arrêter là, et spéculer que le boîtier qui sera présenté sera le premier équipé d’un capteur organique co-développé avec Fujifilm, mais, bon, c’est quand-même plus drôle de blablater sur du 24 x 36 mm et de la 8K. Sur ce.

 

 

Des premiers reflex vidéo à la (presque) généralisation de la 4K : un processus qui aura mis 10 ans

 

Peut-être l’avez-vous oublié mais le tout premier appareil photo à objectif interchangeable proposant la fonction vidéo était signé… Nikon (ouaip). Le D90. Et c’était, forcément, un reflex, puisqu’en ces temps reculés, les hybrides n’existaient pas encore. Ceci dit, ça s’est joué à quelques jours puisque le D90 est sorti le 27 août 2008 (quasiment dix ans pile poil avant les Nikon Z, quelle heureuse coïncidence) quand Panasonic ne présentera le Lumix DMC-G1 que le 12 septembre, il y a dix ans jour pour jour (joyeux anniversaire !). Lumix G1 qui, d’ailleurs, était dépourvu de vidéo. À ce sujet, mon honorable prédécesseur Franck Mée, que j’aime bien taquiner, se demandait, dans son test pour Les Numériques « si Panasonic n’aurait pas mieux fait d’attendre six mois de plus pour lancer directement un modèle avec vidéo. »  Ce qui sera corrigé quelques mois plus tard, le 3 mars 2009, par le Lumix GH1, qui filmait en Full HD 24p ou en HD 60p.

 

Le Nikon D90 est sorti peu avant que j’entre en école photo. À l’époque, j’hésitais entre lui, un Canon EOS 450D et un Leica M8. Je me demande ce que je serais devenu si j’avais opté pour un reflex…

 

Pourtant, à part pour les plus geeks d’entre nous, et les nikonistes, le reflex qui marquera vraiment l’histoire de la vidéo dans les appareils photo, est signé Canon, et pas n’importe lequel : l’emblématique EOS 5D Mark II. Là encore, cela s’est joué à quelques jours puisque le boîtier a été présenté le 17 septembre. Que de sorties majeures en si peu de temps, à croire que, dix ans plus tard, les constructeurs sont tentés de rejouer le match ! Si l’EOS 5D Mark II a marqué les esprits, c’est pour deux raisons. D’abord, il filmait, lui, en Full HD, alors que le D90 ne proposait que de la HD 720p. Surtout, l’EOS 5D Mark II disposait d’un capteur 24 x 36 mm, alors que le D90 était en APS-C, ce qui a ouvert tout un nouveau champ de possibilités en termes de gestion de la profondeur de champ pour les vidéastes qui, soudain, pouvaient retrouver un rendu « cinématographique » pour une fraction des budgets auxquels ils étaient habitués avec les équipements professionnels classiques. Sans compter une compacité sans commune mesure avec les caméras vidéo et cinéma de l’époque. L’EOS 5D Mark II aura tellement marqué son temps que, dix ans plus tard, son aura parvient encore à faire de l’ombre à ses successeurs Mark III et Mark IV, pourtant objectivement et techniquement supérieurs.

 

Des EOS 5D II ont notamment été utilisés pour le tournage d’Iron Man 2… Et ça rajeunit personne.

 

Quant à la 4K, dans nos APN ? S’il n’a fallu que quelques jours pour passer de la HD à la Full HD – et encore, je suis à peu près certain que si Nikon n’avait pas été aussi frileux le D90 aurait pu filmer en Full HD –, il faudra attendre bien plus longtemps pour passer à la 4K. Et le premier constructeur à proposer cette définition dans un APN a été… Canon. Ah, tiens. Encore eux. Nous sommes le 12 avril 2012 et Canon vient donc de présenter l’EOS-1D C, un jumeau de son EOS-1D X sorti le 18 octobre de l’année précédente. Techniquement, l’EOS-1D C est donc un reflex, et peut être utilisé comme tel pour la photographie. Mais il est surtout l’occasion pour Canon d’inaugurer une nouvelle stratégie : d’un côté une gamme dédiée à la photographie, de l’autre celle dédiée à la vidéo. Et cette dualité perdurera pendant quatre ans puisqu’il faudra attendre 2016 et l’EOS-1D X pour que, enfin, un reflex « photo » Canon ait lui aussi droit à de la vidéo en 4K. Recadrée, certes, mais, déjà, à l’époque, l’EOS-1D C, bien que doté d’un capteur 24 x 36 mm, n’était capable de filmer en 4K (de la vraie 4K en 4096 x 2160 px) qu’en appliquant un recadrage équivalent à l’APS-H. Et ça, ça n’a pas changé, puisque même le fraîchement annoncé EOS R reste lui aussi incapable d’utiliser toute la largeur de son capteur pour filmer en 4K (enfin, non, en 4K/UHD).

C’est donc à ce moment là que, enfin, je dois vous parler de Panasonic et de la 4K. Si l’EOS-1D C est sorti en 2012, il faudra attendre le 7 février 2014 pour que la 4K arrive dans un appareil photo qui en soit réellement un. Pourquoi autant de temps ? Pour une raison technique assez simple : la chauffe et, donc, la dissipation thermique. Ça, et aussi une histoire de puissance de calcul, de capacité de la batterie, de capteurs et processeurs suffisamment rapides… En somme, une autre paire de manche que de la « simple » Full HD et ses un peu plus de 2 millions de pixels qui équivaut à moins de 10% de la définition de la plupart des capteurs modernes. De fait, il a été encore plus surprenant de découvrir que le premier APN « grand public » capable de filmer en 4K (de la vraie 4K, là encore) soit l’hybride Lumix GH4 qui avait le double inconvénient d’être petit (inconvénient du point de vue de la dissipation thermique) et d’utiliser un « petit » capteur de 4/3″. Pour être tout à fait honnête, et avec du recul, lorsqu’à l’époque je l’avais présenté sur Les Numériques, je n’avais pas encore tout à fait conscience du jalon majeur que représentait ce boîtier et toutes ces histoires de vidéo 4K, d’All Intra, de Long-GOP, de Log, de 4:2:0 et tutti quanti, c’était du charabia (et ça le reste en partie, si vous voulez tout savoir). C’est que, hein, voyez-vous, moi, je suis un photographe, un vrai, qui en plus vient de chez Leica (littéralement), donc comme tout bon photographe qui se respecte (donc un peu snob), je savais bien que cette lubie de vidéo serait passagère et que tout le monde s’en moquerait comme en l’an 40. Graaaaaaaave erreur.

 

En fait, le Lumix GH4 était tellement bien né qu’il figure encore au catalogue…

 

Quoi qu’il en soit, c’est vraiment le Lumix GH4 qui a tout changé. Pour l’industrie de la photographie, d’une part, puisque chaque constructeur s’est progressivement attaché à proposer la définition 4K (en fait, la plupart du temps, de l’UHD) dans ses APN. Samsung a été le plus rapide, avec (feu) le NX1 dès septembre 2014. En 2015, Sony s’y met en juin avec l’Alpha 7R II puis l’Alpha 7s II de septembre, suivi de près, en octobre, par Leica et son SL (Typ 601). En 2016, Nikon entre dans la danse avec ses D5 et D500, quand la 4K réapparaît chez Canon dans l’EOS-1D X Mark II, puis en juillet, c’est au tour de Fujifilm de s’y mettre, via son X-T2, quand, enfin Olympus, cousin Micro 4/3 de Panasonic, n’y viendra qu’à partir de l’OM-D E-M1 Mark II présenté lors de la photokina 2016. Olympus, bon dernier ? En fait, même pas : aujourd’hui, il reste un constructeur photographique majeur qui ne propose toujours pas de 4K, ni d’UHD, et c’est Pentax. Et, non, le mode time-lapse en 4K, ça ne compte pas. C’est de la triche. Et là, Nikon, c’est toi que je te regarde, lorsque tu parles de « vidéo 8K » sur tes D850 et Z7, alors que nous savons très bien que ce n’est que du time-lapse. Ah, le marketing… Tiens, d’ailleurs, Nikon, je sais qu’avant le D5, il y a eu le 1 J5 de 2015 qui « filmait » en UHD, mais, en 15p, peut-on vraiment parler de vidéo ? Ah, le marketing (bis).

Vous aurez noté que je n’ai parlé que des hybrides et reflex, mais pas des compacts (experts ou non) ni des action-cams, et encore moins des smartphones. Première raison : parce que ça serait trop long, et que je ne suis pas là pour faire un historique du déploiement de la 4K à travers les âges mais bien pour parler de la rumeur d’un Lumix 24 x 36 mm (au cas où vous l’auriez oublié). Ensuite, pour la simple raison que la 4K, chez tous ces constructeurs, est d’abord apparue sur les boîtiers à objectifs interchangeables avant d’être déclinée sur le reste de la gamme. Et ça, décliner, c’est un truc que Panasonic sait faire. Sait très bien faire d’ailleurs. C’est même devenu sa signature. Parce que, pendant que les petits camarades déployaient peu à peu la 4K ou l’UHD, Osaka ne s’est pas endormi sur ses lauriers et en a profité pour conforter son avance à la fois par le haut (4K 60p, enregistrement en 10 bits interne, Log, etc.) et par le bas, en mettant de la 4K à toutes les sauces (Photo 4K avec ou sans pré-rafale, focus-stacking basé sur la 4K, 4K au chocolat, 4K sur du 1″, 4K sur du 1/2,3″, 4K bridge, 4K compact…). Tiens, tout cela me donne envie de faire un graphique récapitulant la proportion d’APN capables de filmer en 4K pour chaque constructeur. Dont acte.

 

Répartition des appareils filmant (ou ne filmant pas) en 4K/UHD dans le catalogue des principaux constructeurs d’APN – Début septembre 2018

 

Trois petites notes avant d’aller plus loin et d’aborder la 8K. J’ai pris en compte les récentes annonces de Nikon, Canon et Fujifilm, sinon pour les deux premiers ça aurait vraiment été la cata de la 4K. Sony a une proportion d’APN filmant en 4K/UHD relativement faible (36 %) puisque le constructeur a fait le choix de garder à son catalogue la plupart de ses modèles des années précédentes. Ce qui fausse les résultats. En ne prenant en compte que les APN sortis depuis l’été 2015, la proportion grimpe en flèche à 81 %, ce qui est beaucoup plus représentatif des efforts du constructeur. A contrario, la proportion d’APN filmant en 4K/UHD est exagérément élevée chez Leica à cause (ou grâce) des compacts qui sont des Panasonic rebadgés. Quant à Panasonic en nom propre, son perfect score se passe de commentaire.

 

 

De la 4K à la 8K : same player, play again. Please Panasonic, shoot first

 

Nous venons de le voir à l’instant, il aura fallu du temps pour que (presque) tout le monde adopte enfin la vidéo en 4K, ou, du moins, dans l’écrasante majorité des cas, en UHD. Et, au second semestre 2018, seuls deux constructeurs proposent cette définition vidéo sur plus de la moitié de leur catalogue APN. Il reste donc du chemin à faire pour arriver à l’homogénéité de Panasonic. Mais un peu comme dans le paradoxe de Zénon où Achille affronte la tortue, le géniteur des Lumix continue à avancer, et à marche forcée. Puisque, alors que la 4K n’en était qu’à ses balbutiements pour le grand public, Osaka nous parlait déjà de 8K !

Il faut, pour cela, revenir en 2015. Plus précisément à la mi-mai 2015. Pour la présentation du Lumix G7, le constructeur avait convié toute la presse européenne à Majorque pour une prise en main du premier hybride 4K/UHD à moins de 1000 € : 699 € nu, pour être précis ! Je m’en souviens très bien pour trois raisons. La première très personnelle : depuis quelques jours, je sortais avec une nouvelle copine qui m’avait simplement demandé, comme souvenir de ce voyage, quelques galets de la plage de Palma de Majorque (ce que je trouvais cool comme requête, sauf qu’il n’y avait pas de plages de galets à proximité de notre hôtel). La deuxième raison, ce sont les évènements de la soirée que la décence m’ordonne de taire ici. La troisième raison, plus professionnelle, et qui vous intéressera plus : Panasonic a profité de l’occasion pour nous parler de la fonction Photo 4K (démonstrations et prises en main à l’appui) et, surtout, déjà, des modes Photo 8K et, forcément, vidéo 8K. Et nous n’étions qu’en 2015 !

 

L’un des slides montrés à Majorque. (Photo piquée à Focus Numérique, mais j’étais assis de l’autre côté de l’allée.)

 

Il faut bien se remettre dans le contexte techno-sportivo-géopolitique de l’époque. Le 7 septembre 2013, à Buenos Aires, le Comité international olympique a élu Tokyo comme ville hôte des jeux olympiques de 2020, qui l’emporte face aux candidatures d’Istanbul et de Madrid. Les Japonais, et encore plus les entreprises japonaises, comptent bien profiter de l’occasion pour démontrer au monde entier leur supériorité technologique, mise à mal par la montée en puissance des voisins chinois et coréens. Surtout, pour le peuple japonais qui n’a pas encore essuyé les plaies du tsunami de 2011, c’est une véritable bouffée d’air qui s’offre. D’où, dans le domaine qui nous concerne, la marche forcée vers la 8K (les premières caméras 8K, signées Astro et RED, sont sorties un peu plus tôt en 2013). Tout le monde y a mis du sien pour être prêt le jour J, avec en tête de file la très puissante chaîne publique nationale NHK. Et force est de constaté que, a priori, les Nippons seront prêts, pile poil à l’heure, au rendez-vous (à la japonaise quoi). Après de nombreuses démonstrations techniques, les premiers téléviseurs 8K à destination du grand public sont prêts et ont été présentés lors du dernier IFA (Samsung, certes coréen, et Sharp sont dans les starting blocks). Et si vous étiez au Puy du Fou entre le 20 et le 26 août, peut-être y avez-vous croisé cette délégation d’une quarantaine de japonais de la NHK venus y tourner l’un des premiers documentaires en 8K (quel joli anachronisme).

Bon, et Panasonic dans tout cela ? En mai 2015, donc, il était déjà question de 8K. Dans la tête des ingénieurs, l’intérêt est tout trouvé : « puisqu’avec de la vidéo 4K on peut faire de la Photo 4K et extraire des images de 8,8 Mpx, pourquoi ne pas faire de la Photo 8K à partir de vidéo 8K et en extraire ainsi des images de 33,2 Mpx (7680 × 4320, en gardant le ratio 16:9) ? » Bah oui, bien sûr. Allez-y, on regarde. Parce que c’est vachement plus facile à dire qu’à faire. Heureusement, les ingénieurs de Panasonic ne sont pas femmes et hommes d’aussi peu de foi que moi et, plus que probablement guidés d’une main de maître par Uematsu San (♥), elles et ils se sont attelés à la tâche. Fin 2016, lors de la présentation du Lumix GH5, une première étape avait déjà été franchie puisque ce boîtier, avec son capteur de 20 Mpx, propose une fonction Photo 6K. Et la 6K, avec ses 5184 x 3456 px, soit un tout petit peu moins de 18 Mpx, c’est une définition plus de deux fois supérieure à la 4K, et un peu moins de deux fois inférieure à la 8K. Tout cela replacé dans la ligne temporelle, il aura fallu trois ans, de 2014 à 2017, pour parcourir la moitié du chemin de la 4K à la 8K… Donc, sur ce même rythme, faudra-t-il également trois ans pour parcourir l’autre un-peu-moins-de-moitié de chemin pour aller de la 6K vers la 8K, ce qui, oh, quel heureux hasard, nous ferait arriver en 2020 ? Quel sens du timing. Oui, mais. Il y a un mais. Et un gros. Ou plutôt, un tout petit, tout petit petit.

 

 

La 8K, ça ne passe pas sur un capteur 4/3″

 

Le propre d’un journaliste technique, c’est qu’il n’est jamais satisfait de ce qu’il a, puisqu’il ne pense qu’à ce qu’il pourrait tester demain. Alors, imaginez un journaliste technique français. Voire, pire, une horde de journalistes techniques français, surtout lorsque, dans le lot, vous avez ces emmerdeurs et coupeurs de cheveux en quatre que sont Franck Mée, Adrian Branco (bisous Adrian) et, disons-le franchement, moi-même. Mais il se trouve que chez Panasonic, ils sont sympas, et je ne fais pas de prosélytisme. Ils sont réellement sympas et, surtout, ils font partie de ces trop rares constructeurs qui ont compris l’intérêt de faire se rencontrer régulièrement les ingénieurs, les utilisateurs et les journalistes, en sachant mettre, lorsqu’il le faut, le marketing en retrait. Nous avons donc régulièrement eu l’occasion, ces dernières années, de discuter de 8K avec Uematsu San qui, je le rappelle parce que ce n’est pas évident pour tout le monde, est le père des Lumix, littéralement, et la divinité vivante des ingénieurs photo de Panasonic (il devrait écrire ça sur ça carte de visite, ça claquerait grave) (pour Noël, offrez-moi un autel à l’effigie de Uematsu Sama, ça me fera plaisir).

Et que nous dit Uematsu San a propos de la 8K ? En gros : c’est intéressant, très intéressant, nous avons beaucoup étudié le sujet et… ça ne marchera pas avec notre taille de capteur actuelle. Là, je flirte avec la limite avec ce que j’ai le droit de raconter de nos réunions confidentielles mais, comme ce qui suit est de la pure logique, je prends le risque de me faire taper sur les doigts. Avant d’aller plus loin, c’est le moment d’aller prendre un grand bol d’air, un verre d’eau, de s’aérer les neurones. Je compte : 5, 4, 3, 0… Prêts ?

 

 

Bon, en fait, dans le concept, c’est assez simple. Pour reprendre une analogie très japonaise, augmenter la définition d’un capteur sans en changer les dimensions physiques, c’est comme remplir une voiture de métro avec encore plus de passagers sans agrandir la dite voiture. Sauf que vous aurez beau pousser, pousser, et encore pousser, même en enlevant les places assises, à un moment, ça va bloquer. Une solution logique pour augmenter le nombre de passagers consisterait à diminuer la taille des dits passagers ou, formulé autrement, les couper en morceaux forcément plus petits. Ce qui, vous en conviendrez, est une solution un peu sale, qui ne passerait pas très bien auprès de l’opinion publique. Heureusement, en ce qui concerne les photosites et les capteur, cette réduction de taille est possible… jusqu’à une certaine limite.

Prenons la calculette, et comptons. Le capteur d’un hybride Micro 4/3 mesure en théorie 18 x 13,5 mm et, comme son nom le laisse entendre, il est au ratio 4:3. La vidéo 8K, qui existe dans divers ratios, a, dans le ratio 16:9, une définition de 7680 × 4320. Pour faire rentrer 7680 photosites dans 18 mm de largeur, il faut donc que ceux-ci mesurent 0,00234375 mm ou, si vous préférez, 2,34 microns. Dans la pratique, les Lumix GH5, Lumix G9 et Lumix GX9, qui sont les hybrides les plus définis de la gamme actuelle, partagent un même capteur dont la surface utile est de 17,3 x 13 mm. Pour faire de la 8K sur cette surface utile, il nous faut donc des photosites de 0,00220101781 mm, soit 2,22 microns ce qui, j’en conviens, n’est guère moins que précédemment. « Pas de quoi s’alarmer« , me direz-vous, « il y a encore de la marge par rapport à l’IMX 586 et ses photosites de 0,8 micron ! » Certes, certes. Gardons cette remarque de côté pour l’instant.

Comme il s’agirait d’un capteurs au ratio 4:3 et pas 16:9, et que c’est quand-même plus sympas d’avoir des photosites carrés, la définition d’un capteur 4:3 capable de faire de la 8K en 16:9 ne serait pas de 7680 x 4320 pixels mais 7680 x 5760 pixels, soit une une définition utile de 44,2 Mpx. Soit une définition à cheval entre celle de l’Alpha 7R III (42,4 Mpx) et celle du Nikon Z 7 à venir (45,7 Mpx). Mais sur un capteur à la surface quatre fois inférieure ! Pour voir les choses autrement, un tel capteur 4/3″ aurait une densité de 19,65 Mpx/cm². Les deux hybrides concurrents évoqués utilisent des capteurs d’une densité respective de 4,91 Mpx/cm² (Sony) et 5,29 Mpx/cm² (Nikon). Sauf erreur de ma part, le record de densité est détenu, à titre posthume, par le Samsung NX1 (encore et toujours lui), avec une densité de 7,53 Mpx/cm² – ce qui fait que, en fait, je viens de réaliser qu’avec son X-Trans IV APS-C de 26 Mpx, le Fujifilm X-T3 vient de s’emparer du record actuel, parmi les APN à objectifs interchangeables « vivants », avec une densité de 6,99 Mpx/cm²… Au passage, Sony vient d’annoncer l’IMX342LQA/LLA qui, avec sa définition de 31,49 Mpx et son format APS-C, n’a pourtant qu’une densité de 8,45 Mpx/cm² (sera-t-il dans le remplaçant de l’Alpha 6500 ?). Bref, tout cela pour dire que dans l’état actuel de l’art, nous sommes encore loin, sur cette taille de capteur, pour ce type de boîtier, d’atteindre une telle densité, et il faudrait plus que franchir ce cap, que dis-je, un cap ? Une péninsule !

 

En 2015, je vous cassais déjà les pieds sur Les Numériques à vous parler de Panasonic et de 8K. À l’époque, je leur donnais trois ans pour résoudre les problèmes inhérents à la 8K. Du coup, trois ans plus tard… c’est aujourd’hui (à deux jours près).

 

Maintenant que je vous ai bien bourré le crâne avec tous ces nombres, voyons où est (sont) le(s) problème(s) (outre, donc, cette histoire de densité). Revenons au capteur IMX 586, ses 48 Mpx et ses photosites de 0,8 microns. En plus des problèmes que j’ai déjà évoqués dans l’article dédié, une telle résolution ne serait pas jouable sur un APN à grand capteur, pour au moins deux raisons. La première est que, sur un hybride aussi bien que sur un reflex, surtout destiné à un usage photographique et vidéographique professionnel, chaque pixel doit être utile dans le sens où il n’est pas question, contrairement à un smartphone, de faire du pixel binning, c’est à dire, du regroupement de pixels, pour retomber sur une définition inférieure (surtout en photo, parce que je sais que Sony, par exemple, a un temps fait du pixel binning en vidéo). De plus, en ramenant cette densité à un capteur 4/3″, APS-C ou même 24 x 36 mm, le seuil de diffraction serait de f/2,4 ! Autant dire que ça compliquerait pas mal de choses, à la fois pour les opticiens et pour les utilisateurs… Donc, oublions et revenons à notre capteur 4/3″ 8K théorique précédemment calculé. Pour un tel imageur, le seuil de diffraction serait théoriquement à f/6,9, donc environ à un demi-diaphragme de f/5,6 et f/8. Cela poserait moins de problèmes pour la conception des optiques mais, d’un point de vue usage, ne plus pouvoir travailler au-dessus de f/8 sans notablement dégrader la qualité d’image, cela manquerait totalement d’intérêt, et annulerait les bénéficies de la 8K par rapport à de la 4K.

Tous les calculs alambiqués précédents, Uematsu San nous les a confirmés, feutre velleda et tableau blanc à l’appui. Pour résumer son explication « concevoir un capteur 4/3″ avec des photosites de 2,2 microns, en soit, c’est compliqué mais pas impossible. Mais, en avons-nous réellement envie ? Cela créerait des problèmes qui demanderaient trop d’efforts pour être corrigés. Nous avons calculé que, pour préserver un niveau de qualité suffisant et une marge de sécurité, il ne fallait pas descendre en-dessous de 3 microns, et c’est déjà peu. » À l’époque, le capteur le plus défini de la gamme Lumix G était un 16 Mpx. Puis, quelques mois plus tard, comme par magie, est sorti le Lumix GH5 qui, avec ses 20,3 Mpx, reste dans les clous puisque ses photosites mesurent 3,33 microns. Nous sommes encore dans la marge de sécurité, mais nous nous en rapprochons dangereusement. Uematsu San a donc continué dans ses calculs, et je parle bien de calculs, non de spéculations : « Nous pouvons encore augmenter légèrement la définition de nos hybrides mais, pour dépasser les 30 Mpx tout en gardant la même qualité d’image, la même montée en sensibilité, la même flexibilité, il n’y a pas 36 solutions : il va falloir agrandir la taille du capteur. Après, quelle taille ? Ça, je ne sais pas. Ça peut être du Super 35, de l’APS-C ou plus grand. Nous verrons en temps voulu. » Bref, pas de spoil, de la simple logique d’ingénieur. Et vient l’heure du temps voulu.

 

 

Quelle taille de capteur plus grande que le 4/3″ pour caser de la 8K ?

 

Nous voilà donc avec trois clients potentiels : le Super 35, l’APS-C et le 24 x 36 mm. Ou du moyen format, mais là, nous perdrions cette compacité à laquelle le système Lumix G tient tant.

Le Super 35 est un format exclusif au monde de la vidéo avec son ratio 16:9 et ses dimensions de 23,6 x 13,3 mm (dont la même hauteur que du 4:3″, mais plus large). Quel heureux hasard, Panasonic le maîtrise déjà puisque plusieurs de ses caméras broadcast et cinéma en sont équipées, dont l’AU-EVA1 sortie en 2017, concurrente directe de la  Sony PXW-FS7, également équipée d’un capteur Super 35. Pourtant plus grand que du 4/3″, le capteur de l’AU-EVA1 n’a pourtant une définition « que » de 20,49 Mpx (6340 x 3232 px) pour la simple et bonne raison qu’il est au ratio 16:9. Et ça, pour un hybride Lumix G, c’est inconcevable comme ratio. D’ailleurs, pour un appareil photo tout court : le format est tellement allongé que l’on perdrait inutilement de la place, une grande partie du cercle image serait inexploité et, pour faire du multi-aspect, i.e. conserver la même diagonale d’image sur du 16:9, du 3:2, du 4:3 et du 1:1, il y aurait trop de déchet. Donc, exit le Super 35.

L’APS-C est le candidat suivant. Avec des dimensions de 23,7 mm par 15,7 mm, nous sommes un peu plus grand que le Super 35. Surtout, le ratio est de 3:2, donc un peu plus « carré » : il y a moins de pertes, et c’est surtout plus conforme à la tradition photographique. Mais là, le problème qui se pose, c’est la définition à atteindre. Pour faire rentrer les 7680 × 4320 pixels de la 8K (en 16:9) sur un capteur au ratio 3:2, il faut que la définition de ce dernier soit au moins de 7680 x 5120 px, soit 34,7 Mpx. Nous sommes seulement à 3 petits Mpx au-dessus du capteur Sony IMX342 dont je vous ai parlé précédemment, donc, industriellement parlant, nous saurions déjà le fabriquer. Victoire ? Non. Car si l’APS-C a des avantages certains, dont celui de la compacité, donc facilité de concevoir un système de stabilisation mécanique pas trop encombrant, il a un problème majeur : le manque d’évolutivité. Avec 34,7 Mpx sur de l’APS-C, nous tombons sur des photosites de 3,27 microns. C’est un peu plus petit que ceux du Lumix GH5, mais ça reste très proche de la marge de sécurité des 3 microns. Et Panasonic étant une entreprise d’ingénieurs tournés vers le futur, vous vous imaginez bien qu’ils n’opteront pas pour une solution qui, immédiatement, les limitera, et ne leur permettra pas d’aller au-delà de la 8K…

Reste donc le 24 x 36 mm, que vous connaissez bien. Ratio 3:2 : Check. Stabilisation 5 axes : si Sony, Pentax et Nikon y arrivent, ça ne devrait pas poser de problème à Panasonic. Donc Check. Densité et taille des photosites ? Hummm… respectivement 4,02 Mpx/cm² et 4,99 microns. Laaaaaaaaarge ! Ça mérite un double check. Et la question de « est-ce qu’on peut le fabriquer » ne se pose même pas, puisque, oui, les Nikon D850, Z 7, Canon EOS 5Ds et EOS 5DsR le prouvent. Marge de progression ? Alors, voyons cela. Fin 2017, le HDMI Forum a établi, pour le standard HDMI 2.1, que la 10K aura une définition de 10240 x 4320 px, soit 44,236 Mpx. Sauf que c’est un peau cheaté dans la mesure où il s’agit d’un ratio d’image en (quasiment) 2,37:1, donc quasiment du Cinémascope . Pour faire rentrer ça dans un capteur 3:2, il faudrait que sa définition soit de 69 918 720 px. Arrondissons à 70 Mpx. Ce qui, sur un capteur 24 x 36 mm, nous donnerait une densité de 8,1 Mpx/cm² pour des photosites de 3,51 microns.

Comme vous l’aurez probablement compris avec tout ce blabla : le 24 x 36 mm est l’option la plus censée pour aller de l’avant, en prenant en compte uniquement la simple question de la définition. Mais, en fait, il y a une quatrième solution, qui serait encore plus osée de la part de Panasonic. Comme je l’ai rapidement évoqué à un moment, Osaka aime bien le multiaspect. À chacun ses dadas. Et, pour faire du multiaspect, le ratio 3:2 est encore un peu trop allongé. Par contre, le ratio 4:3 est très bien pour cela, il faut « juste » découper le wafer autrement. Ce qui pourrait donner, avec la même densité et la même taille de photosites qu’un capteur « 24 x 36 mm 8K », un capteur « 27 x 36 mm 8K ». Donc, déjà juste pour la frime, ça permettre de rabattre leurs caquets aux constructeurs tokyoïtes et leurs « petits » capteurs 24 x 36 mm (mais je suis certain qu’ils sont moins mesquins et puérils que moi, chez Panasonic). Opter pour un capteur 4:3 de 27 x 36 mm aurait un autre intérêt, que vous trouvez déjà sur le Lumix GH5 : l’anamorphique. Sauf que là, on ne passerait pas de la 4K pour faire de la 6K, mais on partirait plutôt de la 8K pour faire de la 10K, puisque ces deux définitions ont la même hauteur de pixel (4320). Si si, pensez-y très fort ! Il paraît que des fois, ça marche.

 

Telle que définie par le standard HDMI 2.1, la 10K, c’est « rien de plus » que de l’anamorphose de 8K… (OK, c’est un peu plus compliqué que ça, mais faites semblant d’approuver.)

 

 

Panasonic a-t-il le savoir faire pour concevoir et fabriquer un hybride 24 x 36 mm ?

Oui.

(Eh bein, c’était rapide.)

D’une certaine manière, Panasonic fait déjà des boîtiers 24 x 36 mm. Il faut s’éloigner un peu du Japon, aller vers l’Allemagne, plus précisément au nord-ouest de Francfort, et encore plus précisément à Wetzlar, chez Leica. En 2015, le partenaire germain a lancé, coup sur coup, deux boîtiers 24 x 36 mm résolument modernes : le compact expert Leica Q (Typ 116) et le Leica SL (Typ 601). Et, sans vouloir dénigrer le savoir-faire des ingénieurs allemands (ce serait trahir ma famille de cœur), il était pourtant impossible de ne pas voir dans ces deux boîtiers l’étroite collaboration avec Panasonic.

Du côté du Leica Q (Typ 116), de nombreux éléments mettaient la puce à l’oreille. Le premier était la soudaine maîtrise de l’écran tactile de la part de Leica, surtout après le coup d’essai d’un Leica T disons, joli mais pas convainquant sur de nombreux points (dont le tactile). Le deuxième était la montée en sensibilité et le rendu numérique : si la patte Leica était indéniable dans le traitement d’image, le fond, lui, ne ressemblait ni à ce que produisait le capteur CMOS du M (Typ 240) (développement conjoint entre Leica, CMOSIS et STMicroelectronics), ni à ce que produisent les capteurs Sony (quasiment omniprésent sur le marché des hybrides et reflex), ni à celui d’un Canon (qui garde ses capteurs pour lui). Samsung était déjà à l’agonie, du moins sa division photo. Ne reste qu’un seul candidat : Panasonic. Et j’ai eu beau torturer Peter Kruschewski et Vincent Laine, les principaux concepteurs du Leica Q, à coup de questions traîtres et de shots de whisky, ils ont toujours refusé de cracher le morceau (pas le whisky, mais c’est une autre histoire) !

 

À gauche, Vincent, le designer (aujourd’hui chez Hasselblad), à droite, Peter, qui refuse encore de révéler le nom du papa (ou de la maman) ce qu’il y a dans le Q…

 

Mais, encore plus que l’écran tactile et le capteur, c’est l’autofocus du Leica Q qui avait un goût particulier de Panasonic et, plus précisément, de DFD, cette même technologie qui équipe tous les Lumix depuis le GH4. Là encore, pas de confirmation officielle, mais pour avoir testé des centaines de boîtiers ces dernières années, je peux vous assurer que le DFD se reconnaît. (Ou alors c’est de l’effet Coué. Ouais, c’est probablement ça.) Ces mêmes technologies qui, soudain, permettent à Leica de sortir, dans la foulée du Q (Typ 116), un SL (Typ 601) de derrière les fagots. Ce même autofocus aux antipodes du veau qu’est l’autofocus du Leica S… Leica SL (Typ 601) qui, d’ailleurs, a été le premier Leica à filmer en 4K. Et genre, en plus, de la vraie 4K en 4096 x 2160 px, et tout et tout, hein. Pour une marque qui n’avait jamais fait de vidéo avant… Ou alors, les ingénieurs allemands sont très doués, ou Stephan Daniel manie très bien le fouet, ou le Dr. Kaufmann sait imposer ses visions, ou un peu de tout cela. En règle générale, une question a rarement une seule réponse.

Donc, je récapitule. Concevoir et fabriquer un capteur 24 x 36 mm : pas de soucis. Adapter la technologie autofocus DFD à des optiques plus volumineuses, capables de couvrir le 24 x 36 mm : check. Développer un processeur capable de gérer du 24 x 36 mm, de la 4K et de la 6K : ouais, t’inquiète. Stabilisation 5 axes pour du 24 x 36 mm : bah, ça doit pas être si compliqué. Concevoir des batteries capables d’alimenter tout ça : easy. Ecran tactile et orientable, viseur OLED 3,69 millions de points, écran secondaire, molette qui tournent, tirettes qui se cassent pas : ouais, trop facile (mais attendez quand-même, on vérifie un truc…). Donc, en somme, la question n’est pas si Panasonic peut faire un hybride 24 x 36 mm : oui, oui, et encore oui. La question n’est toujours pas  « Panasonic veut-il faire un tel hybride » ni « quand va-t-il le faire ? », qui ont pour réponses respectives « ils n’ont pas le choix » et « avant les JO de Tokyo 2020 ». En fait, la véritable surprise, c’est qu’ils le déploient aussi tôt ! (Et aussi : « tiens, ils avaient les ressources nécessaires pour lancer un tel programme ? Du coup, va falloir trouver un autre argument pour justifier du fait que le V-Log soit payant sur le Lumix GH5…« ) Bon, sinon, il y a un énorme indice : le 14 février 2018, Panasonic a annoncé le premier capteur 8K (à 60p !), qui plus est capteur organique… mais sans préciser sa taille. Vous pouvez consulter l’annonce officielle, en anglais, ou l’article qu’en a fait Adrian pour 01net, qui est très bien (l’article) (Adrian aussi, d’ailleurs).

 

 

Les véritables défis d’un hybride en 8K… et l’avenir du Micro 4/3

 

Ce sont deux considérations séparées, mais comme il faut bien conclure quelque part, je préfère en profiter pour élargir le débat. Donc, un point technique (encore) et un point stratégique.

Si je me suis autant étendu sur la 8K, cela ne veut pas dire qu’un potentiel, dans un futur quasiment immédiat, hybride Panasonic 24 x 36 mm, filmera forcément en 8K. Mais, d’ici 2 ans, il faudra que ce soit le cas. Au moins pour de la 6K. Et, à plus longue échéance, Panasonic y viendra indéniablement, aussi vrai que Georges Abitbol est l’homme le plus classe du monde et que Serge Karamazov est fils unique. J’ai donc considéré l’hypothèse « maximale », histoire que vous vous rendiez bien compte de ce qui vous attend. Et, encore, je n’ai parlé de 8K que par son aspect le plus simple : la définition. Parce qu’il ne faut pas non plus oublier que tout cela représente une quantité d’information monstrueuse à traiter. On parle là d’une définition quadruple de la 4K ! Déjà que celle-ci débite du 400 Mbits/s, en voulant tenir la même cadence, cela donnerait du 1600 Mbits/s ! Ceci dit, même avec de la 8K en 400 Mbits/s, on devrait déjà être pas mal. Il va falloir des cartes mémoires qui tabassent et les SSD qui vont avec dans votre ordinateur.

Autre aspect : de la 8K, même en 24p, cela représente 7680 x 4320 x 24 pixels à capter, transférer, analyser, bidouiller, compresser, écrire, à chaque seconde. Et 7680 x 4320 x 24, ça fait 796 Mpx ! Donc, beaucoup. Et ce, bien sûr, sur plus d’une seconde, et même, sur plus d’une minute, et même, sur plusieurs dizaines de minutes, parce que c’est de la vidéo. Et même s’il ne s’agit « que » de 8 bits, bah, ça fait quand même 796 Mo par seconde, rien que pour la partie image, puisque je ne parle même pas du son qui, lui, heureusement, ne changera pas, mais il y a bien moyen qu’à un moment un illuminé du marketing nous ponde un label « audio 8K »… Gardez bien cela en tête, et prenez votre calculette pour évaluer, grossièrement, ce que donnerait de la 8K 4:2:2 10 bits en 60p, le tout enregistré en interne (parce que, sinon, c’est pas drôle). Et, surtout, imaginez le climatiseur portatif qu’il faut pour refroidir l’électronique, et la batterie pour alimenter tout ça… Ah, et puis, n’oubliez pas qu’il faut que ça rentre dans un hybride qui doit rentrer dans un sac photo qui doit rentrer comme bagage cabine, donc plus petit qu’une AU-EVA1 qui, en ordre de marche, pèse 4,5 kilos, au bas mot.

Tiens, avant de passer à la suite, je vais parler du Sony Alpha 7R III. Avec son capteur de 42,4 Mpx et son bi-processeur Bionz X, je l’avais flashé, en début d’année, à 10 images par seconde, sur un maximum de 70 RAWs. Le calcul est simple : ça nous donne 424 Mpx par seconde (ce qui est déjà énorme), sur une durée de 7 secondes. Même en utilisant le mode rafale pour essayer de faire des petits bouts de séquences 8K (en time-lapse, quoi), cela nous fait des séquences de 2 secondes, au mieux, entre lesquelles il faut attendre plusieurs secondes, le temps que ça s’écrive sur la carte mémoire… Voilà voilà.

Bon, maintenant : l’arrivée d’un hybride 24 x 36 mm chez Panasonic remet-il en cause son offre et son implication dans le Micro 4/3 ? C’est, je crois l’interrogation que je lis la plus souvent ces derniers temps et, d’une manière générale, celle qui revient systématiquement lors de l’annonce d’un nouveau système au capteur plus grand chez un même constructeur. Et, à chaque fois, ma réaction est la même : « mais… pourquoi cette question ? Et, surtout : personne ne vous met le couteau sous la gorge pour l’acheter. Si ? Et puis, objectivement, en avez-vous réellement besoin ? Votre [insérer ici le nom de votre matériel actuel], qui fonctionnait très bien jusqu’à aujourd’hui, qui était votre fierté jusqu’à ce matin, avec qui vous aviez tant de projets, est-il soudain devenu une brique aveugle (remarquez, niveau myopie, une brique, ça se défend bien) ? » Donc, déjà, si un hybride Panasonic 24 x 36 mm sort, personne ne vous forcera à l’acheter. À commencer par votre banquier(e), votre femme (si vous êtes une femme ou un homme qui aime les femmes), votre mari (si vous êtes une femme ou un homme qui aime les hommes), puis, dans l’ordre, Sony, Nikon et Canon.

Du point de vue de Panasonic, il n’y a pas d’intérêt à abandonner le Micro 4/3. D’abord parce que ça renverrait un très mauvais message : la photographie est un marché de la fidélité, et tous ceux qui ont tourné le dos à leurs promesses l’ont payé très cher. Après avoir milité pendant 10 ans pour les bénéfices (avérés) du Micro 4/3, tourner la page n’aurait pas de sens et serait un mega doigt d’honneur à ceux par et pour qui Panasonic Lumix en est là aujourd’hui, c’est à dire, vous, les photographes (enfin, ceux qui ont acheté du Panasonic, ceux qui n’en ont pas mais en ont parlé, et ceux qui désirent en acheter).

De plus, rien n’empêche d’évoluer dans deux formats simultanément, et avec succès : Fujifilm, à la fois un pied dans l’APS-C (jusqu’aux genoux) et un autre dans le moyen format, s’en sort très bien, et gagne des parts de marché tout en continuant à développer de front ses deux solutions qui se complètent mais ne s’affrontent pas. Donc, comme chez Panasonic ils ne sont pas plus cons que chez Fujifilm, rien ne les empêche de mener de front deux lignes Micro 4/3 et 24 x 36 mm, surtout que les deux formats sont suffisamment différents pour faciliter l’argumentaire autour de leurs avantages et inconvénients respectifs. Et si en plus ça peut mettre des bâtons dans les roues de Canon, Nikon et Sony…

Rappelons de plus que 24 x 36 mm, ce n’est pas la panacée, il faut arrêter de le croire, surtout en numérique ! Les optiques sont plus grosses, surtout quand on veut en faire des lumineuses. La profondeur de champ est plus faible, ce qui est sympa en photo, mais en fait plutôt chiant en vidéo et, surtout, ça donne un boulot de dingue à l’autofocus… Le capteur est plus grand, donc le système de stabilisation interne aussi, donc ça consomme plus d’énergie en plus de laisser moins de place au reste de l’électronique. Le 24 x 36 mm, ça fait des boîtiers globalement plus lourds, donc plus délicats à embarquer, disons, sur des drones…  Et, industriellement, c’est plus cher et plus compliqué à fabriquer. Mais bon, le 24 x 36 mm, ça fait rêver, ça permet de conserver ses focales, ça permet de monter plus haut en sensibilité, tout ça tout ça.

Enfin, dans notre grand moment de nombrilisme, n’oublions pas une chose : Panasonic n’est pas tout seul dans le Micro 4/3. Il y a aussi Olympus, qui vient immédiatement à l’esprit, BlackMagic, DJI et Xiaomi. Et quelque chose me dit que Panasonic n’a pas envie de planter un couteau dans le dos d’Olympus et, surtout, de ne pas céder ses parts de marché aux très voraces chinois que sont DJI et Xiaomi ! Pourquoi se priver de deux sources de revenues et d’une bonne occasion de se faire plein d’oseille (version capitaliste de « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ») ?

Bref, attendons les déclarations officielles de Panasonic, le 25 septembre. Nous serons fixés ! Bon, si d’ici là quelqu’un veut bien dire à la personne responsable de la page de décompte en attendant la présentation de la photokina que, bah, viser avec le front, c’est hyper pas pratique pour prendre des photos, ce serait cool. Merci.

Echange entre le (la) photographe et le (la) DA lors du shooting :
« Euh… je veux bien prendre la photo. Mais avec cette pose, vraiment ?
– Bah, ouais. Il faut bien qu’on voit les appareils photos !
– Oui, mais… vous voyez pas qu’il y a une couille ?
– Mais non, t’inquiète ! »

6 commentaires sur “Un hybride 24 x 36 mm signé Panasonic : une folle rumeur… pas si folle ?”

  1. Sortir un flagship 24×36 (ou 27×36, tant qu’à fabriquer un capteur multiratio) organique pour de la 8K, dédié vidéo, même très cher, ça filerait des sueurs froides à Canikony assez rapidement.

    Par contre, grande question : sur quelle monture ? La SL est assez vide, à mon goût franchement moins attrayante que la S, la R et la E (même si les deux premières sont encore naissantes, elles promettent déjà pas mal plus que la SL…). Ou alors en solitaire. Ou alors avec Olympus, en profitant du fait qu’Olympus a aussi posé des brevets pour du 24×36… (et que si leur consortium a déjà fonctionné une fois, il peut fonctionner une deuxième fois)

    Bref, ça peut méchamment claquer. A suivre.

      1. Faut que tu traînes plus souvent sur les forums, t’y apprendras de chouettes surnoms ! 😀
        (je te cède les droits d’usages pour celui-là)

  2. Tu devrais pouvoir sauter au plafond : une rumeur est née ce week-end qui parle de l’intégration chez un constructeur, Fuji ou Pentax, d’un capteur APS-C de Samsung qui aurait du être celui d’un NX2 n’ayant jamais vu le jour 🙂

  3. Se rappeler aussi que le Leica APO-Vario-Elmarit-SL 90–280 mm f/2,8-4 dispose d’une formule optique brevetée par… Panasonic (brevet n°2016-139125 relatif à un 92-273 mm f/2,9-4,1 pour mirrorless 24×36).

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