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Dell U4919DW : l’écran total pour les photographes et vidéastes ?

Dell, dont les écrans Ultrasharp sont très appréciés par les créatifs, vient d’annoncer l’U4919DW, un moniteur pas banal puisqu’outre sa diagonale de 49″, il intègre une dalle IPS en 5120 x 1440 px couvrant 99 % du sRGB. Le rêve ?

 

Vous le saviez peut-être déjà mais, au cas où ce ne serait pas le cas, je l’officialise ici : l’une des raisons pour lesquelles j’ai quitté Les Numériques est que j’ambitionne de lancer ma propre chaîne photographique sur Youtube (pour l’heure aussi vide que mon bac à légume). Et comme pour toutes choses, je m’accorde le temps de la réflexion, de la concertation et de la récolte d’informations. Qui dit chaîne Youtube dit matériel tournage et matériel de montage. Pour la première partie de l’équipement, j’ai une assez bonne idée de ce que je vais utiliser (ça commence par Lumix, et ça finit par GH5). Mais pour le montage, très clairement, mon bon vieux MacBook Pro 13″ de 2013 ne tiendra pas le choc. Donc, dans les semaines à venir, il va falloir investir dans une unité centrale et un écran. Ou plusieurs écrans. Ou un seul écran qui en remplacerait plusieurs. C’est justement là que ce Dell U4919DW m’intéresse.

 

 

 

De combien d’écrans ai-je réellement besoin ?

 

 

Du montage vidéo ? Facile ! Je n’en ai jamais vraiment fait (enfin, pas du montage vidéo bien propre comme il faut). Voilà qui commence bien. Toutefois, j’ai utilisé Adobe Premiere suffisamment de fois pour saisir que du montage sur un seul écran Full HD, c’était pas franchement la panacée. De plus, étant un gros utilisateur de Lightroom depuis une dizaine d’années, j’ai été habitué à travailler sur du double écran puisque sur un écran unique, une fois les palettes latérales déployées, il ne reste plus beaucoup de place pour afficher l’image sur laquelle je travaille. Et avec Photoshop et Illustrator, que j’utilise également, c’est encore pire ! Alors, imaginez combien je galère depuis que j’ai dû me rabattre sur l’unique écran 13″ de mon MacBook Pro après avoir quitté ma station de travail de cinq ans…

En effet, c’est chez Les Numériques que j’ai découvert les vraies joies du multiécran. Dans un premier temps, j’ai récupéré le poste de mon prédécesseur, Franck, constitué de deux écrans Full HD 24″. Assez rapidement, l’un des deux a rendu l’âme mais, coup de chance, comme cela était arrivé en période des soldes,  j’ai eu droit au remplacement de mes deux 24″ par une paire de moniteurs AOC, toujours en Full HD, mais cette fois-ci en 27″ et dalle IPS.  Outre le fait que l’IPS, c’est le dada de mon ancien boss (bisou Vincent si tu passes par là), il s’agit surtout de LA technologie de dalle pour laquelle vous devez opter si vous faites de la photographie. J’ai, si mes souvenirs sont bons, tenu un an avec ce duo de 27″, avant de le compléter par un troisième écran, toujours 27″, toujours Full HD, toujours IPS.

Cette configuration à trois écrans (ou setup tri-screens, pour être à la mode) a été une véritable révélation. Et la révélation, pour un photographe, c’est important. Sur l’écran central et celui de droite (les deux AOC, calibrés de manière identique), je pouvais travailler sur Lightroom. Sur le troisième écran de gauche, j’avais en permanence ouvert mon navigateur internet, avec les réseaux sociaux et Youtube (et d’autres trucs). Lorsque j’écrivais mes articles, l’administration des Numériques était ouverte sur l’écran central et mes documents de travail sur celui de droite. Si nécessaire, je pouvais aussi répartir ces documents sur l’écran de gauche et celui de droite, ainsi, je ne perdais jamais de vue l’administration et n’avais plus besoin de jongler entre les différentes fenêtres à ouvrir et fermer. Le rêve lorsque l’on est emmené à quotidiennement comparer plusieurs images, plusieurs fiches techniques ou plusieurs sites concurrents (mais néanmoins amis) pour vérifier que l’on ne raconte pas de conneries ou si un point ne nous aurait pas échappé. Par contre, la mémoire vive de mon unité centrale souffrait le martyr, avec mes, au minimum, 80 onglets Chrome ouverts continuellement…

 

Divers_Setups_Multiscreen
Définitions correspondantes pour chaque configuration :
• Double Full HD = 3840 x 1080 px
• Triple Full HD = 5760 x 1080 px
• WQHD + Double Full HD = 2560 x 1440 px + 3840 x 1080 px
• WQHD + QHD = 6000 x 1440 px

 

En 2016, lorsque mon troisième écran non AOC a rendu l’âme, je l’ai troqué pour un autre 27″ IPS, mais ce coup-ci en WQHD, donc 2560 x 1440 px et non plus 1920 x 1080 px. Le gain en résolution rendait les images plus fines, mais la différence par rapport au Full HD restait raisonnable par rapport à un écran 27″ UHD (3840 x 2160 px). Le problème logiciel, avec deux écrans Full HD et un écran WQHD, c’est qu’il y a forcément un décalage lorsque vous passez d’un écran à un autre. Le problème physique, surtout, avec du triple écran, c’est que l’ensemble prend beaucoup, beaucoup de place sur le bureau, à la fois à cause des pieds et des bordures, disgracieuses, des écrans. Comme je ne joue pas, ce n’est pas bien grave, mais comme j’apprécie les choses esthétiques et coordonnées, ça m’ennuye quand-même un peu. Toujours est-il que lorsque la rédaction des Numériques a déménagé du 19ème pour le 11ème arrondissement, je me suis retrouvé avec un bureau dont dépassaient, de chaque côté, mes écrans. Pour autant, par question de redescendre sur seulement deux écrans (c’est du snobisme de geek, je sais) !

Du coup, pour reprendre la question initiale : de combien d’écrans ai-je besoin, et faut-il remplacer le besoin par l’envie ? Par habitude, je dirais donc trois. Mais, dans l’absolu, c’est moins le nombre d’afficheurs qui m’importe que la définition affichée. Avec mes trois Full HD, j’avais donc accès, d’un seul coup d’œil, à 5760 x 1080 px. Du très panoramique, donc. Pour du simple affichage web, c’est bien plus que suffisant. De même pour travailler sur des photos. Mais lorsque j’ai commencé à bidouiller de la vidéo sur Premier, j’ai rapidement vu les limites du Full HD notamment à cause de la timeline ridiculement petite sur laquelle on perd un temps fou à naviguer de gauche à droite. Et ceci, bien sûr, sans pouvoir afficher son flux vidéo Full HD en pleine définition… Du coup, maintenant que je peux (enfin, dois) m’équiper par moi-même, je n’ai que l’embarras du choix pour déterminer la configuration qui me conviendrait le plus.

 

 

Le dilemme du geek : setup multi-écran ou écran panoramique unique ?

 

 

Pour retrouver la surface d’affichage à laquelle je suis habitué, impossible de me contenter d’un seul écran en 16:9 et ce même en optant pour l’improbable Philips BDM4350C de 43″ en UHD avec lequel un collègue travaillait et qui m’aurait donné des torticolis (l’écran, pas le collègue). Par chance, nous vivons à une époque où le 16:9 n’est plus l’unique ratio disponible et, même si je fais partie de ceux qui regrettent le 16:10, l’offre actuelle grouille d’alternatives. Il y a donc du 16:9, du 21:9 et du 32:9 en 1080 px de haut, comme le Samsung C49HG90DMUXEN et son affichage 32:9 en 3840 x 1080 px. Il y en a en 1440 px de haut, que ce soit du WQHD « classique » en 2560 x 1440 px ou le désormais relativement populaire 3440 x 1440 px, (21:9) dont on trouve au moins une référence parmi les catalogues des principaux constructeurs. Il y a même du 21:9 en 1600 px de haut, comme le LG 38WK95C-W ! Bref, de quoi s’y perdre.

 

« My timeline is wider than yours ! »

 

Tous ces écrans widescreen (ultrawide ?) ont un avantage indéniable pour du montage vidéo et même pour de la photo par rapport aux écrans 16:9 (qu’ils soient Full HD, WQHD ou 4K/UHD) : sur Adobe Premiere, ils permettent d’afficher une timeline plus longue, et sur Lightroom, ils laissent plus de place aux palettes latérales. Et ça c’est cool. Toutefois, tous ces écrans ont au moins trois défauts. Leur premier est physique : ces moniteurs sont, forcément, plus larges et encombrants que des classiques 16:9. Le deuxième est que le gain en termes de surface d’affichage n’est pas forcément transcendant, malgré les apparences. En effet, un 21:9 de 1080 px de haut affichera 2560 x 1080 px, soit seulement 33 % de plus qu’un Full HD. Mais, quitte à prendre un écran plus large, autant directement basculer sur un WQHD d’une diagonale supérieure. Le troisième défaut est leur prix : la plupart du temps, un écran widescreen 21:9 ou 32:9 donné coûte plus cher qu’une paire d’écrans 16:9 équivalents (en performance). Et ceci est d’autant plus vrai si l’on considère les dalles IPS et pas les dalles VA ou, pire encore, TN, destinées aux joueurs (ce qui ne m’intéresse pas).

Et les écrans UHD/4K ? Oh, bien sûr, ils sont cools, la définition UHD de 3840 x 2160 px permet d’afficher 35 % d’informations de plus que le LG 38″ que j’ai évoqué précédemment. Mais, pour en avoir testé, je trouve que l’affichage est beaucoup trop fin en photo, même sur du 32″, et pour la vidéo, je n’ai pas besoin d’affichage en UHD/4K et ce même si je compte tourner en 4K (pour diffuser en Full HD). Et sous Windows (puisque je préfère mes ordinateurs fixes sous Windows et mes portables sous OS X), la mise à l’échelle est affreuse… surtout avec les applications Adobe. Du coup, je ne vous parle même pas des (très) rares écrans 5K et 8K, qui en plus d’être inaccessibles ne m’apporteraient pas grand chose.

 

 

En prenant tout cela en compte, et en ajoutant un critère de sélection, l’esthétique (oui, j’aime bien quand tout est accordé et joli, probablement mon côté Apple/Leica), j’avais retenu trois configurations : un trio de BenQ PD2700Q, un duo BenQ PD2710QC et BenQ EX3501R, et un duo LG 27UK650-W et LG 34UC98 (décidément, un jour, les constructeurs d’écrans vont devoir faire un truc pour la sexytude de leurs références…).

Forcément, chaque combinaison a ses avantages et ses défauts :

  • Le trio de BenQ PD2700Q combine trois écrans 27″ IPS de 2560 x 1440 px, ce qui ferait une définition totale de 7680 x 1440. Je me retrouverais avec le même ratio que le trio d’écran Full HD auquel je suis habitué mais en gagnant 78 % de pixels supplémentaires ! De plus, il s’agit d’écrans couvrant 100 % du sRGB, 100 % du REC. 709, utilisant une table 10 bits, le tout avec une certification Technicolor qui fait toujours jolie. Pour ne rien gâcher, ils sont relativement accessibles puisqu’il est désormais possible de les trouver autour de 360 €, soit 1080 € le triplet. Problèmes : ils sont affreusement moches, ils prennent de la place (quasiment 2 mètres de large mis côte à côte), ils datent un peu et, surtout, ils ont la mauvaise réputation d’être irréguliers d’un exemplaire à l’autre, avec des problèmes d’homogénéité, et ce même avec la certification du calibrage en usine.
  • Le duo BenQ suivant, lui, combine un écran 27″ IPS de 2560 x 1440 px et un écran 34″ affichant 3440 x 1440 px sur une dalle… VA. L’ensemble est très design mais, pour mon usage, cela s’arrête là. En effet, le PD2710QC, malgré ce que pourrait laisser croire son nom, n’est pas le successeur du PD2710Q. Il gagne en design et en modernité, grâce à son dock USB-C, mais il perd le 10 bits. Mais est-ce bien grave ? J’y reviendrai. Mais à presque 600 €, il est terriblement cher ! À côté, le BenQ EX3501R a, à mes yeux, le principal inconvénient d’exploiter une dalle VA qui, néanmoins, couvre 100 % du sRGB. Mais il coûte 750 €, ce qui nous ferait un ensemble à 1350 €, donc plus cher mais avec une surface d’affichage inférieure à celle du triplet précédent. Mais j’y gagnerais le confort d’un écran panoramique pour le montage vidéo. À méditer…
  • Le duo LG, combine deux écrans IPS, un en 4K/UHD (3840 x 2160 px) et l’autre en QHD (3440 x 1440 px). Par rapport à la combinaison précédente j’y gagnerais en surface d’affichage tout en restant dans la même fourchette budgétaire (1300 €). J’y gagnerais également en termes de design (c’est le gros point fort des écrans LG), ce qui inclue des bordures d’écran plus fines. Les dalles ont une excellente réputation et les connectiques s’avèrent dans l’air du temps (USB-C, Thunderbolt, DisplayPort en veux-tu en voilà, etc.). Mais bon, je ne sais pas trop ce que je ferais d’un écran 4K/UHD et, en plus, je me retrouverais avec un décalage au moment de déplacer ma souris d’un écran à l’autre…

 

 

Bref, j’en étais là de mes plans sur la comète quand, au détour du Journal du Geek, je suis tombé sur l’annonce du Dell U4919DW dont la fiche technique vient tout remettre en cause.

 

 

Ce que j’aime chez Daniela le Dell U4919DW : le ratio 32:9 en 5120 x 1440 px

 

 

J’ai toujours bien aimé les écrans Dell, à la fois sobres et sérieux, mais avec un design suffisamment travaillé pour ne pas donner l’impression de trop se prendre au sérieux. Et, surtout, la qualité des assemblages est un net cran au-dessus de la masse, ce qui n’est pas pour me déplaire. Pourtant, leurs écrans 21:9 ne m’ont jamais fait rêver car, pour un tarif souvent supérieur aux concurrents, surtout LG, ils n’offraient pas grand chose. Mais là, en passant sur du 32:9 en 1440 px de haut, la donne est tout à fait différente.

Oui, dans l’absolu, la surface d’affichage est inférieure au trio de BenQ PD2700Q présenté juste avant puisqu’en fait, ce Dell n’est ni plus ni moins que deux écrans WQHD collés bord à bord. Mais 5120 x 1440 px, ce n’est pas si loin des 5760 x 1080 px d’un triple Full HD et ce qui est perdu en largeur est compensé par les informations supplémentaires à la verticale. Cela permet, dans Adobe Premier, d’afficher en pleine définition un flux Full HD tout en ayant la place de coller une longue timeline juste dessous. Sur Lightroom, Photoshop et Illustrator, il y a largement la place mettre son plan de travail et ses palettes d’outils tout autour.

 

Y’a pas que la taille qui compte : il y a aussi les connectiques. (#BalanceTonPort, tout ça tout ça.)

 

Pour de la navigation web, ce n’est pas tant la largeur qui compte mais la hauteur, pour éviter de trop faire défiler les sites. Et sur du 5120 x 1440 px, je pourrais afficher trois fenêtres de 1706 px de large ou, encore mieux, quatre fenêtres de 1280 x 1440 px. Compte tenu du fait que la plupart des sites ne sont pas prévus pour s’afficher sur une plus grande largeur, c’est quasiment idéal. Et tout ça sans disgracieuse bordure d’écran centrale, et avec un seul pied. En plus, Dell a eu le bon goût de laisser la possibilité de monter son U4919DW au mur, grâce au perçage VESA 100 x 100. Royal !

En termes d’encombrement, l’écran mesure 122 cm de large, ce qui est bien moins que trois écrans 27″ 16:9 côte à côte. C’est, forcément, plus large qu’un écran panoramique 38″ seul mais cela reste moins large qu’un duo panoramique 34″ + 16:9 27″ (désolé pour la gymnastique). Par rapport au Samsung C49HG90DMUXEN précédemment évoqué, l’encombrement est identique mais ce sont 33 % de surface affichée qui sont gagnées… pour aussi un tarif 33 % supérieur, puisque le Dell sera vendu 1390 €. Aïe, oui, mais pas complètement déconnant par rapport aux tarifs des trois configurations du chapitre précédent. Et s’il reste du rab d’argent et que j’ai besoin d’un écran de contrôle en Full HD, et plat (puisque le Dell 49″ est incurvé), je n’aurai qu’à ajouter un Dell P2419H dont Arnaud Frich, sur son blog « Guide de la gestion des couleurs » (que je recommande), dit beaucoup de bien.

 

 

« Ouais, mais y a pas d’Adobe RGB, pas de HDR, pas de 10 bits, pas de 144 Hz, c’est d’la daube ! » P’têtre. Mais on s’en fout !

 

 

Oui oui. On s’en fout. Enfin, moi, je m’en fous. Du moins, par rapport à l’usage que je compte en avoir, c’est à dire produire des vidéos pour Youtube. Mais avant d’expliquer pourquoi, je vous corrige : si Dell ne parle pas du 10 bits spécifiquement pour cet écran, c’est parce que tous les écrans de Dell sont en 10 bits (et c’est bien l’un des seuls, mis à part les spécialistes des écrans art graphique). De toutes manières, pour réellement afficher du 10 bits, il faut une carte graphique professionnelle, type Nvidia Quadro ou AMD FirePro, qui disposent de pilotes spécifiques pour cela, contrairement aux cartes grand public pour joueurs (Nvidia GTX et RTX, AMD R500 et Vega). Donc, 8 bits ou 10 bits, on s’en cogne un peu…

En ce qui concerne l’Adobe RGB par rapport au sRGB, c’est un peu la même histoire. Notez au passage que si Dell n’évoque que 99 % de couverture du sRGB plutôt que 100 %, c’est probablement par pure prudence plutôt que par facilité marketing : mieux vaut promettre un peu moins en théorie, et s’y tenir, quitte à faire mieux dans les faits, plutôt que promettre trop et se faire cartonner par le petit malin avec un peu d’influence qui remarquera que sur son exemplaire, bah non, y’a pas les 100 % promis. Bref, donc, pour revenir à l’Adobe RGB, en tant que futur vidéaste pour Youtube, je m’en fous. Et c’est bien la nuance « pour Youtube » qui est importante.

En effet, les vidéos diffusées sur Youtube (et Facebook) ont, par définition, vocation d’être regardée par le plus grand nombre de personnes possible (idéalement), ce qui entraîne de fait une énorme disparité dans les supports d’affichage (smartphones plus ou moins récents, tablettes plus ou moins récentes, ordinateurs portables, ordinateur fixes, téléviseurs, fours connectés, ascenseurs, etc., et tout cela en VA, TN, IPS, OLED ou autres). Et dans le lot, de manière ultra-majoritaire ces écrans afficheront au mieux l’espace sRGB. Ce serait bien le bout du monde si plus de 1 % de vos spectateurs Youtube étaient dotés d’écrans Adobe RGB. Donc, pourquoi payer plus cher, pour s’embêter à travailler sur des nuances de couleur que, de toutes manières, vos spectateurs ne verront pas ? Et encore, en ce qui me concerne, j’ai beau être dans l’image depuis dix ans, j’ai encore du mal à percevoir quand un écran Adobe RGB me serait utile.

 

Et mon dos, tu l’aimes mon dos ?

 

Je ne dis pas qu’il faut niveler par le bas, mais il y a une réalité économique qu’il ne faut pas négliger. Et l’argent en plus, je préfère largement l’investir dans de la nourriture (et de la bière) et des voyages au Japon. Ensuite, si pour la photographie j’ai besoin d’un écran Adobe RGB, ce qui ne me sera utile que lorsque j’irai faire des tirages, j’irai simplement au laboratoire avec mes fichiers TIFF 16 bits en Adobe RGB, laboratoire qui lui dispose d’écrans Adobe RGB, et avec qui je fignolerai les dites images. Et ça me coûtera, par rapport au temps passé, bien moins cher !

« Mais avec ta logique, ça veut aussi dire que c’est overkill de filmer en 4K pour diffuser en Full HD ! » Bah non. Parce que filmer en 4K plutôt qu’en Full HD, ça a des avantages bien visibles qu’un espace couleur plus large. Ça permet des recadrages, des mouvements de caméra en post-production (zooming, traveling, panning, curling), ça permet de stabiliser de manière logicielle sans trop perdre en information et, c’est un fait, ça donne, à l’export, une image plus croustillante qu’une image directement issue d’une source en Full HD. Mais je m’attarderai là-dessus dans un autre article (ou une autre vidéo). Ou, une fois n’est pas coutume, je vais laisser Jérôme Keinborg, de Nowtech TV, développer ça à ma place.

 

 

Et le HDR ? Bah, c’est un peu le même problème que pour l’Adobe RGB : qui, aujourd’hui, a un écran HDR, mais genre, du vrai HDR ? Pas grand monde. Et encore, la plupart du temps, c’est de la HDR bâclée. De plus, rares sont les APN capables de filmer en HDR (ok, le Lumix GH5 le peut). Quoi qu’il en soit, mieux vaut une SDR bien propre qu’une HDR douteuse. Foi de morue. (Ceci dit, je reste curieux d’essayer un vrai écran HDR et Adobe 98 pour de la retouche photo…)

 

 

Qu’est-ce qui m’empêcherait de craquer pour le Dell U4919DW ?

 

 

L’argent. On ne va pas se mentir. À 1390 € l’engin, c’est quasiment le prix d’un Lumix GH5, d’un kit d’éclairage, d’un voyage au Japon et de 1390 € hamburgers à 1 € (ce qui en ferait un à chaque repas, matin, midi et soir, pendant un an et demi, c’est pas rien !). Mais comme il s’agit d’un outil de travail, devant lequel je passerai des heures chaque jour, il faut le considérer comme un investissement professionnel. En plus, en tant que professionnel, en fonction du régime TVA auquel on est assujetti, l’achat peut se faire en HT, donc 1112 € HT. Ça reste cher, mais 20 % moins cher (logique).

Non, en vrai, les deux trucs qui me chiffonnent avec l’U4919DW, avant d’en lire les premiers tests, concluants je l’espère, ce sont l’homogénéité et la courbure. En ce qui concerne l’homogénéité, celle-ci sera compliquée à atteindre sur une dalle qui mesure 337 x 1199 mm. Compliqué mais pas impossible pour Dell qui, je ne l’ai pas encore précisé, annonce un DeltaE inférieur à 2 et une luminosité maximale de 350 cd/m² (j’ai plutôt tendance à travailler entre 160 et 200 cd/m²). Il faudra alors tenir ces valeurs sur l’ensemble de la dalle, ce qui n’est pas une mince affaire.

Le problème de la courbure (pas de la terre) est plus subjectif. N’ayant jamais travaillé avec un écran incurvé, j’en entends beaucoup de bien et de mal. Notamment, pour un usage photo et vidéo, j’ai beaucoup lu et entendu que cela posait des problèmes en termes de perception des fuyantes et des horizontales. Si vous avez une expérience de ce type d’écran, j’aimerais bien connaître vos opinions. Ça m’intéresse. Pendant ce temps, je vais commencer à économiser et faire de la place pour mon bureau.

2 commentaires sur “Dell U4919DW : l’écran total pour les photographes et vidéastes ?”

  1. Avantage d’un seul gros écran : pas besoin de calibrer d’un écran à l’autre. Si tu veux faire de la comparaison d’image, c’est pas mal.

    Avantage aussi d’un format pareil : tu peux mater des films sans être limité par le ratio de ton écran et les bandes noires en haut et en bas (elles seront plutôt sur les côtés).

    Après je crois que je serais plus 21:9 que 31:9 perso, au delà d’un facteur 2 en largeur je trouve que ça fait beaucoup. Mais ça n’est que mon avis perso. Et deux écrans distincts, ça permet de brancher plusieurs périphériques dessus (*tousse* *tousse* console *tousse* *tousse*).

    Pour la HDR c’est comme tout : pour le moment, overkill. Dans cinq ans, dix ans ? Tu seras content d’avoir un écran qui peut encaisser 10 bits de dynamique. Et accessoirement, 10 bits c’est vraiment confort pour la post prod pour voir ce qui se passe dans les ombres.

    1. Pour l’histoire de la connexion de sources multiples, si j’ai bien compris la fiche technique, il semblerait que ce Dell le puisse. De plus, il gère le KMV, donc possibilité de piloter les multiples ordinateurs connectés depuis le même duo clavier/souris. Pour le coup, je n’en ai pas l’utilité, mais pourquoi pas !

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