Premiere Photo Les Numériques

5 ans à la photo chez Les Numériques : 5 ans de tops… [Episode 1/2]

La semaine dernière – le 3 janvier précisément – j’ai fêté mes cinq ans chez Les Numériques à la rubrique photo. Un bon prétexte pour partager mes 5 tops et 5 flops photo de cette demi-décennie. Aujourd’hui, je commence avec les tops.

 

 

TOP NUMBER ONE :
Panasonic, pour l’ensemble de son œuvre

Je dois vous confesser que je cultive une affection toute particulière pour Panasonic. D’abord parce qu’à titre personnel mon tout premier appareil photo (acheté il y a dix ans) a été un Lumix FZ18. Un bridge qui, à l’époque, brillait par son aptitude à photographier en RAW et surtout son zoom 28-504 mm f/2,8-4,2. Sans lui, je ne me serais pas forcément pris au jeu de la photographie, ne me serais pas forcément intéressé à Leica, son histoire et, de fil en aiguille, ne serais probablement pas devenu journaliste high-tech. Comme quoi, parfois, la vie ne tient qu’à une nuit blanche et du whisky coca de mauvaise qualité. Depuis, j’ai arrêté le whisky coca. Pas les nuits blanches.

Ensuite, de manière beaucoup plus professionnelle, mon premier contact avec Panasonic chez Les Numériques a été un choc. Nous étions le 5 janviers 2013. Je venais de publier le test du Lumix TZ35, l’un de mes tous premiers tests sur le site. Trois étoiles, parce qu’à l’époque j’étais dur… et qu’il ne méritait de toutes manières pas plus. 11 heures : l’article était en ligne depuis à peine deux heures que Vincent, mon patron, sort de son bureau pour me demander si je faisais quelque chose le lendemain :

« Euh, non. Enfin, si. Je viens au bureau.
– Ah, tu es donc libre pour un rendez-vous.
– Euh… oui. Pourquoi ?
– C’est au sujet de ton test. Je viens d’avoir le patron de Panasonic au téléphone…
– … euh… et ?
– Et il n’est pas content.
– Ah.
– Du coup, demain, ils t’envoient un ingénieur du Japon pour discuter du test avec toi.
– Euh, c’est à dire ?
– Oh, tu verras. »

Et Vincent, hilare, de retourner dans son bureau. De mon côté, ce serait peu dire que je n’en menais pas large. Cela faisait à peine un mois que j’étais chez Les Numériques et l’incident diplomatique frappait à la porte de ma jeune carrière. Je m’imaginai alors débarquer le lendemain un japonais aussi courtois que sournois, façon image d’Epinal remix ninja sauce samouraï – oui, je sais que de 1) c’est vaguement raciste comme pensée et que de 2) ninja et samouraï, c’est pas spécialement compatible –. Un ingénieur japonais, katana entre les dents, prêt à me débiter en petits morceaux façon saucisse sèche d’Aveyron. Ou alors Vincent me faisait une blague, et c’était un bizutage. Oui, ce devait être un bizutage.

Le lendemain, à 10 heures pétante, j’arrive au bureau. Mes collègues m’expliquent qu’une délégation de Panasonic m’attend dans la salle de réunion. Ah. Ce n’était donc pas une blague. « Merde. Je vais me faire virer. J’ai même pas fini ma période d’essais ! » Autour de la table m’attendent donc deux représentants de Panasonic France (Sophie, si tu passes par là, sache que tu m’as fait flipper la première fois que je t’ai vue), un ingénieur de Panasonic Japon (dont j’ai oublié le nom) et un autre ingénieur qui m’a immédiatement fait penser à ce grand-père toujours souriant mais un peu dans la lune que nous avons tous dans nos familles. Cet ingénieur, c’était Uematsu Michiharu. Et si à l’époque j’ignorais encore qui était Uematsu San, j’ai très vite compris qu’il était, ni plus ni moins, Dieu le père pour les Panasonic Lumix.

Pourquoi autant m’attarder sur cette anecdote ? Parce qu’elle est fondatrice dans la relation que j’ai avec Panasonic. D’abord, cette rencontre m’a permis de réaliser que Les Numériques, c’était pas de la blague et que nous étions décortiqués à la virgule près jusqu’à l’autre bout du monde. Ensuite parce que cette extrême réactivité du constructeur d’Osaka était révélatrice de son approche stratégique du marché de la photographique : la critique n’est jamais agréable à entendre mais il y a toujours quelque chose de bon à en apprendre. Et c’est justement cela qui m’a plu chez Panasonic : en cinq ans, je n’ai jamais hésité à leur taper dessus lorsque leurs produits le méritaient (et à les féliciter quand il le fallait) et, toujours, en face, j’ai trouvé des oreilles attentives pour récolter mes suggestions. Et tous mes confrères français vous le diront : il y a chez Panasonic une qualité d’écoute rare, que les remarques viennent des journalistes, des photographes professionnels ou des clients « lambda ». Et ça, c’est beau.

Pour l’épilogue : depuis notre rencontre le 6 février 2013, je vois Uematsu San quasiment tous les deux mois. Toujours chez moi, jamais chez lui (le Japon, c’est loin). C’est le grand amour. Je pense que nous allons nous PACSer et nous acheter une cabane à Oléron pour y élever des huîtres et des chèvres. Enfin, quand il aura fini par prendre sa retraite, parce qu’en cinq ans, il nous a déjà présenté trois successeurs différents qui, eux, ont tous disparu de la circulation. Bon, accessoirement, chez Panasonic, en cinq ans, ils ont complètement revu leur manière de concevoir et fabriquer des appareils photo, proposent de la 4K/UHD à tous les étages, un autofocus qui dépote, des écrans tactiles à tours de bras et, accessoirement, ils ont sorti quelques trucs pas mal, genre les Lumix GX8, Lumix GX80, Lumix G7, Lumix G80, Lumix G9, Lumix GH4, Lumix GH5, Lumix GH5s… et c’est pas fini ! Pour les années à venir, l’accent sera mis sur l’ergonomie et le plaisir d’utilisation. Parce qu’il faut bien reconnaître que s’ils fonctionnent bien et sont proposés à des rapports qualité/prix canons, les Lumix, bah, ils ne font pas bander les esthètes. Mais ça, c’est une autre histoire.

Plous le Lumix !
En 5 ans, les constructeurs ont appris, à la dure, que ce n’était pas forcément une bonne idée de se vanter devant moi que leurs boîtiers résistaient aux éclaboussures. Parce que je suis bête, méchant, et convaincu que rien ne vaut l’expérimentation.

 

TOP n°2 :
Les Sony Alpha 7, ou le 24 x 36 mm pour (presque) tout le monde

2013 pour la photographie aura vraiment été une année faste. D’abord parce que je suis arrivé chez Les Numériques (enfin, ça, tout le monde s’en fout) et surtout parce qu’en octobre 2013, j’ai eu 26 ans (là aussi, tout le monde s’en fout), mais surtout Sony a annoncé ses Alpha 7. Les « premiers » hybrides 24 x 36 mm – en excluant les Leica M9, ses déclinaisons, ainsi que le M Typ 240 sorti en début d’année. Alors oui, il existait déjà des boîtiers 24 x 36 mm. Depuis longtemps Canon et Nikon en proposaient dans leurs reflex professionnels (EOS 5D, EOS 1D, EOS 6D côté rouge, D700, D800, D3 chez les jaunes), suivi par Sony, lui-même, dès 2009, avec son Alpha 900. Et dire que les Pentaxistes ont attendu février 2016 pour le K-1…

Chez Sony, il ne fallait pas être devin pour pronostiquer l’arrivée de tels boîtiers. Dès septembre 2012, le constructeur avait pris tout le monde de court en casant un CMOS 24 x 36 mm dans le riquiqui (relativement) compact expert RX1 (au demeurant bien trop riquiqui, ce qui n’a toujours pas été corrigé à ce jour). Exactement au même moment (2012 ayant été une année de photokina), Sony présentait la VG900. Une caméra vidéo, oui, mais une caméra « grand public » à capteur 24 x 36 mm. Surtout, une caméra à capteur 24 x 36 mm à objectifs interchangeables utilisant la monture E. Monture E qui, jusqu’à présent, ne se trouvait que sur les hybrides Sony à capteurs APS-C. Hybrides qui, à l’époque, s’appelaient encore Nex. Bref, pas besoin d’avoir un CAP Ingénieur de forum pour s’imaginer la R&D de Sony s’adonner aux joies de la transplantation d’organe. Et paf ! Ça a fait les Sony Alpha 7.

La malice de Sony a été de décliner le concept en trois saveurs. « Nature », pour garder la main sur un tarif finalement assez raisonnable (de nos jours, l’A7 premier du nom se trouve régulièrement en kit sous les 1000 €). « R » pour les amateurs de haute définition/résolution. « S », arrivé dans un deuxième temps, pour ceux qui voulaient voir comment ça se passe du côté obscur. Un peu comme ce qu’ont (presque) toujours fait Nikon et Canon avec leurs reflex les plus haut de gamme, finalement. Et ça a marché ! Après une génération Mark II qui a apporté la stabilisation mécanique (moyennant une furieuse flambée des prix), les Sony Alpha 7 sont, aujourd’hui, selon la communication officielle, en passe de devenir les APN 24 x 36 mm les plus vendus au monde ! Bon, ils trichent en plus puisqu’ils agrègent les ventes de 7, 7R et 7s (Mk I et Mk II), mais il y a de quoi faire trembler les Rouges et les Jaunes, qui n’avaient franchement pas besoin de cela. Et histoire d’enfoncer un peu plus le clou, les Alpha 9 et Alpha 7R III ont le toupet de venir corriger les plus gros défauts de leurs aînés. Tout fout le camp ma p’tite dame. Y’a plus de respect pour les aînés… et c’est tant mieux !

 

Oh, des lentilles !
Il me fallait une illustration random, alors voilà une illustration random. Un bon point à celle ou celui qui me dit exactement de quoi il s’agit. La réponse « des lentilles » n’est pas acceptée.

TOP n°3 :
Sigma, Tamron et Samyang, pour leurs contributions remarquables à l’optique

Il faut que je l’avoue : j’ai toujours été un petit con délibérément snob. Déjà, en école photo, j’avais tendance à prendre de haut mes petits camarades parce que j’étais le seul équipé en Leica. Je précise : en 100 % Leica, boîtier et objectif. Ah la la, avec leurs 50 mm f/1,8 Canon, leurs Nikkor 35 mm f/1,8 G et leurs Pentax K10, ces braves petits ne savaient pas ce qu’ils rataient. Et tant pis s’il me fallait faire preuve d’une mauvaise fois désarmante lorsque, lors des manifestations couvertes en compagnie de ces mêmes petits camarades, je tirais la langue avec ma mise au point manuelle et mon capteur qui rechignait à monter au-delà de 800 ISO. Alors, forcément, lorsque j’ai quitté le BTS Photo pour aller travailler chez Leica, mon snobisme ne s’est pas arrangé. Il ne se passait pas un jour sans que je répète à mes (futurs) clients que « les objectifs japonais, c’est pas mal, mais ça manque de précision, et quand c’est précis, ça n’a pas d’âme« …

Et puis un jour j’ai quitté Leica. Hasard du calendrier, c’est dans les semaines qui ont suivi que Sigma a lancé son zoom (berk, un zoom !) 18-35 mm f/1,8 Art pour reflex APS-C (berk, APS-C !). Berk, certes, mais faire un zoom grand angle à ouverture constante est déjà en soit un exploit. Mieux : briser la sacro-sainte barrière du f/2,8 constant, qui plus est de 4/3 de diaphragmes, c’était couillu. D’autant plus qu’au-delà de la pure performance technique, il a été lancé (et est toujours proposé) à un tarif très raisonnable ! Depuis, ce 18-35 mm f/1,8 Art est entré dans la légende et je ne crois pas prendre beaucoup de risques en pronostiquant qu’il restera dans la grande histoire de l’optique comme l’un des objectifs les plus marquants de ce début du XXIème siècle.

Ce zoom a donné le top départ d’une véritable révolution non pas optique mais philosophique, que nous pourrions qualifier de revanche des seconds couteaux. Voire revanche des geeks, thème ô combien à la mode dans les séries et films américains (et même japonais). Pendant très longtemps, en tous cas, jusqu’à mon époque en école photo, on n’achetait du Sigma ou du Tamron que par défaut, lorsque l’on était sans le sous, parce qu’il fallait bien un objectif. Et même avec un Sigma et un Tamron fort pratique et efficace sur le terrain, chacun aspirait à un « vrai » objectif signé Canon ou Nikon. C’était comme, disons, être obligé d’apprendre à conduire sur la R21 familiale quand tous les petits copains venaient au lycée avec leur 205 GTI ou New Beetle reçue en cadeau pour leurs 18 ans… Et les rares fois où je voyais des gens être vraiment fiers de posséder un Sigma ou un Tamron (ou Tokina, ou autre), c’était parce qu’il s’agissait d’un zoom ultra grand angle, d’un téléobjectif catadioptrique voire, à l’extrême opposé, un fisheye. Bref, des trucs exotiques qui n’avaient pas de concurrents chez Canon ou Nikon, bien trop sérieux pour ces fantaisies.

Mais un beau matin de printemps 2013, Sigma créa 18-35 mm f/1,8 Art. Et la lumière fût. Et le monde vit que cela était bon. Et dans son sillage, la révolte du prolétariat et son aspiration à monter en gamme. Cela a été fulgurant. En quelques années, Sigma, Tamron et un peu plus tard Samyang se sont transformés. Mutation totale. À un point tel qu’à peine cinq ans plus tard le rapport de force s’est presque inversé. Désormais, la question n’est plus de savoir si l’on a l’argent d’acquérir un Sigma ou un Tamron : la réponse est forcément oui (enfin, façon de parler), puisqu’ils demeurent moins chers que leurs équivalents « officiels ». La question est plutôt : « mais pourquoi payerais-je plus cher pour un Canikon qui, en plus, n’est pas meilleur ? » À ce propos le plantage du dernier Nikon 24-70 mm f/2,8 VR est symptomatique et presque un cas d’école. Aujourd’hui, Sigma et Tamron ont tant et si bien redoré leur blason, à la force de leurs formules optiques complexes, de la beauté de leur finition et l’agressivité de leur tarification que leurs victimes ne sont plus leurs compatriotes mais carrément deux quasi-divinités de l’optique : Zeiss et Leica. Et ce n’est pas rien, c’est un Leicaïste acharné qui vous le dit !

Toutefois, les Allemands, enfin, surtout Leica conservent quelque chose que les Japonais n’ont pas encore réussi à toucher du doigt : leur supplément d’âme, qu’aucune mire, aucun test « scientifique » ne saurait mettre en valeur. Malgré tout, les optiques du soleil levant, aussi parfaites soient-elles, manquent encore, et c’est presque un comble compte-tenu de leur origine, de poésie. Je dirais même, de wabi sabi (à ne pas confondre avec le wasabi). Mais à ce petit jeu, c’est un Coréen qui est en train de tirer son épingle du jeu : Samyang. Car si ses objectifs ne sont pas forcément les plus « parfaits » sur mire, ils peuvent se vanter d’une qualité qui n’a pas de prix : avoir une personnalité, une signature propre. Chose amusante : c’est justement vers ce supplément d’âme plutôt que vers les FTM de haute voltige que tendent aujourd’hui les ingénieurs opticiens de Nikon, Sony et Panasonic (donc de l’école « classique ») avec lesquels j’ai eu l’occasion d’échanger. Vivement les cinq prochaines années ! En attendant, je décerne le prix Jean-Pierre Coffe du « parce que ça ne doit pas coûter plus cher de bien photographier » à Sigma, Tamron et Samyang. Voilà.

 

 

TOP n°4 :
Fujifilm, parce que l’exotisme c’est bon (mangez-en)

Fujifilm. Je ne parle pas assez de Fujifilm. C’est dommage, vraiment, parce que j’ai beaucoup d’admiration et d’affection pour ce qu’ils font. Indépendamment du fait qu’ils ont pompé tout leur délire néo-rétro à Leica, mais c’est un autre débat. Et puis, d’une part, « l’imitation est la plus sincère des flatteries », et d’autre part Leica, c’est comme Porsche : on s’en fout que leurs produits ne soient pas les meilleurs tant qu’ils sont utilisés comme mètre étalon.

Bref. J’aimerai beaucoup parler de Fujifilm, mais là, sur Les Numériques, leurs appareils n’entrent dans aucune case d’aucun guide d’achat. À moins d’ouvrir une case spéciale que je pourrais baptiser « l’appareil photo méchamment cool qui n’est pas le meilleur rapport qualité/prix, ni le plus rapide, ni le plus efficace en vidéo, ni le plus pragmatique, mais qui te fait un effet wahou de ouf malade quand tu l’utilises et regardes les photos que ça sort parce que ça déchire le slip de mémé que tu pousses dans les orties histoire d’immortaliser ça en simulation film Provia voire Classic Chrome car t’es un ouf guedin qui n’a pas vécu l’époque de la Kodachrome mais on t’a dit que c’était cool alors crois-nous sur parole » mais je pense que d’un point de vue SEO, c’est moyen. Le SEO, c’est si peu poétique. Or, les produits Fujifilm sont tellement poétiques, à la fois totalement rationnels et complètement barrés. On sent que les ingénieurs, dans leur jeunesse, ont passé trop de temps près des cuves de produits chimiques. On sent l’entreprise photographique qui a réussi sa reconversion de l’argentique vers le numérique ! D’ailleurs, un jour, il faudra que je lise l’exemplaire de « Innovating Out of Crisis, How Fujifilm Survived (and Thrived) As Its Core Business Was Vanishing » (écrit par Shigetaka Komuri, le boss de Fujifilm) qui traîne dans mon couloir d’entrée (enfin, le bouquin, pas Komori San).

Fujifilm, c’est quand même la seule « grande marque » (et par « grande marque », j’entends « un des principaux constructeurs d’appareils photo petit format ») (et j’expliquerai une autre fois ce qu’est le petit format) qui a sorti un objectif de malade (le Fujinon XF 56 mm f/1,2 R, pour ne pas le nommer) pour en sortir une déclinaison (le Fujinon XF 56 mm f/1,2 R APD) qui a pour particularité de comporter un élément supplémentaire dans sa formule optique – en fait, un filtre « apodization » (j’offre une boîte de Chocapics au premier qui me suggère une traduction élégante) – dont le seul but est de dégrader volontairement la qualité optique. Dit autrement, ils ont développé un objectif plus flou que l’original, avec comme justification « parce qu’on trouvait que ça faisait joli ! » (Là, il faut s’imaginer les ingénieurs tous mignons tous pleins avec leurs grands yeux qui crient « Kawaiiiiii ! »). Chapeau les artistes (et c’est sincère). #YOLO #Balek #OKLM #ApodizationIsTheNewBlack

Fujifilm, c’est aussi, à l’époque où tout le monde utilise des filtres de Bayer – à part Sigma, mais j’en reparlerai une prochaine fois –, le seul qui s’acharne à utiliser un filtre sauce maison, baptisé X-Trans. Parce que c’est leur projeeeeeeeeet ! Et aussi parce que derrière, il y a de véritables justifications techniques. Très bien. Mais c’est à un point tel que, cinq ans plus tard, aucun des principaux logiciels de dématriçage n’est capable de pleinement exploiter cette matrice. Plus fort encore : dans leurs dernières mises à jour firmware, les X-T2, X-T20, X-Pro2 et X100F gagnent le système « Fujifilm X RAW Studio ». Ce système utilise le processeur interne des appareils photo pour effectuer le dématriçage du X-Trans, suivant le précepte selon lequel on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Enfin, Fujifilm, ce sont des gens qui se sont un jour réveillé en réalisant que l’Instax, en fait, c’était cool (ce qui ne les empêche pas de supprimer des références argentiques à tours de bras) et, le lendemain, se sont dit que l’APS-C c’était cool, mais un capteur plus grand, ce serait pas mal, et comme le 24 x 36 mm c’est carrément mainstream, alors directement taper dans le moyen format. Parce que « Yes, we can ! » (Un peu comme Pentax, mais je vous parlerai de Pentax un autre jour.) Non, vraiment : Fujifilm, une vraie bande de YOLO qui s’ignore. Et c’est cool.

Première photokina
Je n’ai rien trouvé d’intéressant pour illustrer la fin de l’article, alors je vous montre une photo de ma première photokina, en 2014. C’était intense, faut pas croire. D’ailleurs pour l’anecdote, mon tout premier article sur Les Numériques, c’était pour parler de l’annonce du Fujifilm X100s. Voilà. Je sais, on s’en fout. (Mais personne n’a dit qu’une légende devait être intéressante ni utile.)

 

TOP n°5 :
Longue vie aux photophones !

Jusqu’au bout, ces cinq années auront eu raison de mes préjugés photographiques. Merci, mille fois merci, ô dieu du hasard du calendrier si tu existes. Ou alors c’est une histoire de synchronicité, voire de noosphère… Enfin, qu’importe. Cela ne vous aura pas échappé (enfin, peut-être que si, puiqu’il y a des problèmes  et des sujets de préoccupation plus graves dans le monde), mais les smartphones se sont soudain décidé à vouloir être bons en photographie. Comme toujours, le feu a pris avec Apple. Enfin, non pas avec Apple, mais parce qu’Apple était l’homme à abattre.

Avant 2013, les smartphones étaient déjà devenus les appareils photo les plus utilisés, mais plutôt par commodité parce qu’ils ont l’avantage d’être toujours dans la poche, ou du moins pas loin. Et là, paf, tout à coup, en plus d’être pratiques, ils sont devenus bons. Il y a eu, certes, quelques plâtres essuyés, comme la tentaive de HTC de pousser ses capteurs « super pixels », avec des photosites plus grands (ou comment faire passer des vessies pour des lanternes), ou, à l’inverse, Nokia et son Lumia 1020 à 40 Mpx (parce que pourquoi pas ?). Il y a aussi eu le Panasonic Lumix CM1, un peu trop en avance sur son temps avec son capteur Type 1″ de 20 Mpx, avec l’embonpoint handicapant que cela entraînait. Mais petit à petit, tout le monde s’est mis à niveau. À tel point qu’en 2018, la question n’est plus de savoir si l’on peut prendre telle ou telle photo avec son smartphone mais plutôt s’il est bien nécessaire de trimballer son APN dédié avec soi.

Les photophones, malgré leur débauche technologie singeant le rendu des « reflex » (reflex, reflex, ils n’ont que ce mot là à la bouche les gens du marketing !), ne sont pas encore parfaits. Et ce n’est pas grave car le plus important ici, ce sont les efforts déployés. Efforts payants puisqu’ils progressent à bonds de géants ! Surtout, des smartphones, je chéris le fort potentiel pédagogique à cause, justement, des contraintes que les ingénieurs essayent de dépasser. Après tout, leur focale fixe, leur grande ouverture, leur grande profondeur de champ et leurs relatives mauvaises performances au-delà de 800 ISO ne sont pas sans me rappeler une époque pas si loin où la photographie s’apprenait à la dure, avec des compacts argentiques équipés d’une focale fixe inamovible et chargés en Kodak Tri-X, poussée à 1600 ISO ou laissée en 400 ISO natifs.

Loin de moi l’idée de convoquer l’esprit des fondateurs de Magnum mais ne trouvez-vous pas qu’il y a là un formidable vecteur d’apprentissage sous-exploité ? C’est toute une génération à laquelle la photographie s’ouvre, à laquelle il faut réapprendre les bases. C’est toute une génération qui redécouvre les joies de l’instantané. Toutes cette jeunesse qu’il faut prendre par la main et emmener en camp de rééducation, perso, ça m’émoustille et me motive pour les années à venir. Car j’ai beaucoup de choses à partager et à leur montrer dans mon grenier et dans ma cave et… bon, ok. Ça part un peu trop loin. Mais les photophones sont l’avenir de la photographie, alors autant faire avec et accompagner le mouvement autant que faire se peut, contre vents et marrés, contre snaps et selfies.

Tant de vieillesse dans un seul paragraphe, ça m’a fatigué. Du coup, en guise de conclusion et avant de vous demander ce que vous, vous avez retenu de ces cinq dernières années, et de partager votre propre top 5, un interlude musical s’impose :

Voilà. C’est tout. Vous avez vraiment cru qu’il y aurait une conclusion ? Certainement pas ! Car dans l’épisode suivant, je parlerai de mes flops préférés. Enfin, façon de parler. Mais d’ici là, je peux vous toucher deux mots de ce que je sens comme les tops des cinq prochaines années. Ça va se passer du côté de la Chine, et leur nom est Yi Technology, Yongnuo et DJI, dont je suis certain, pour ce dernier, qu’il présentera un modèle d’appareil photo « stand alone » lors de la prochaine photokina (ou celle d’après, au plus tard).

5 commentaires sur “5 ans à la photo chez Les Numériques : 5 ans de tops… [Episode 1/2]”

  1. Bon ben du coup, mon top 5 2013-2017 :
    — Samsung (cf. Flop 5, évidemment) NX1. Premier capteur APS BSI, 28 Mpx avec la montée ISO des 16 Mpx de Sony, boîtier tropicalisé ultra-réactif, viseur sans lag, rafale que quand j’étais jeune cette cadence on appelait ça de la vidéo, liaisons Bluetooth et WiFi, écran super agréable, ergonomie aux petits oignons personnalisable à loisir, système de limitation de la mise au point à volonté hyper bien fait, vidéo 4K avec un autofocus qui marche du tonnerre… Et 900 photos, six heures de shoot par 0°C avec 15% de batterie restante à la fin !!! Et quand par hasard on trouvait un truc perfectible, il suffisait de le dire trois fois à haute voix quelque part au fin fond des Hautes-Alpes pour que la Corée envoie un nouveau firmware sur le sujet huit jours plus tard.
    C’est simple, j’ai pas testé l’Alpha 9 et le X-T2, mais j’ai ouï dire que certains qui les ont eus ont dit « ah tiens, enfin un concurrent du NX1 ». Le NX1 était aux appareils photo ce que l’hippogriffe est aux amateurs d’équitation : le truc que tu rêves de voir pendant toute une vie. Je l’ai vu, je l’ai tenu, je sais qu’il a existé. Je suis sûr que ça n’était pas qu’un rêve.
    — Sigma, évidemment. J’ajouterai juste un truc à ta description : ça faisait des années qu’on sentait le fils ronger son frein, avec une volonté de faire évoluer l’entreprise en profondeur. La redéfinition des gammes à la Kina 2012 et le passage de « on fait ce que font les autres, raisonnablement quali, pour pas cher » à « on fait des trucs que les autres savent pas faire pour un tarif raisonnable », c’est lui. Et le 18-35 a certes été un choc, mais la vraie illumination, ça a été la suite, cet enchaînement de zooms ultra-lumineux (le 24-35 f/2 pour 24×36 !!!) et de focales fixes ahurissantes. (Cher Sigma, j’attends toujours le 50-500 mm, ou même 50-600 mm, soyons pas mesquins, en série S et monture Pentax. Merci d’avance.)
    — Le Leica Q. Oui oui. Je sais, ça fait un choc. Mais quand Leica fait un compact bien foutu, attaque frontalement Sony et, l’air de rien, chourave chez Panasonic tout ce qui manque au Sony, et le propose quasiment au même prix, ça fait étonnamment plaisir. Même aux gens qui peuvent pas saquer Leica, ses prophètes et ses adeptes. :p
    — Pentax. Oui oui. Depuis son rachat par Ricoh et la redécouverte des mots « investissements », « recherche » et « développement », la marque que Hoya n’a pas réussi à enterrer multiplie les trucs intelligents, en gros : comment faire à un prix raisonnable un truc que les autres n’ont pas. Première à proposer un Pixel Shift sur un reflex (laissons Blad de côté), toujours seule à faire du suivi stellaire, première à proposer une fonction passe-bas désactivable… Et puisque ça coûte cher d’avoir plusieurs chaînes de composants en parallèle, autant supprimer les pentamiroirs, les boîtiers sans tropicalisation, tous les trucs du genre, pour proposer un unique boîtier de milieu de gamme au tarif contenu. Et le GR ? J’ai aps parlé du GR.
    — Le kit Olympus E-M10 + 12-42. Avec eux, j’ai redécouvert un plaisir photo que j’avais oublié : celui d’avoir un tout petit truc glissé dans une poche de veste, mais qui permet de faire tout et n’importe quoi, de la pose longue, du light painting, avec tous les réglages que je veux à portée de la main — ce qui n’était pas le cas sur le Pana GM1, qui manquait quand même un poil de commandes. Évidemment, la qualité d’image n’était pas extraordinaire, mais on shoote suffisamment au smartphone pour savoir qu’il y a mille situations du quotidien où ça n’est pas le premier critère.

    1. Ah, le NX1… Il mériterait un livre entier à lui seul. Lui et son 16-50 mm f/2-2,8. Tiens, en ce moment, sur eBay, il se trouve autour de 900 €. Ne pas succomber. Ne pas succomber. Ne pas succomber…

  2. Wooooo ! Nous sommes très heureux d’être classés « Number one » dans ce top 5 !
    Et comme  » je suis passée par là » , désolée d’avoir provoqué autant d’émotions lors de notre première rencontre ; )

    A très vite !

    PS : Je transmets tes projets à notre père à tous, Uematsu san !

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