Canon EOS M100 : le nouvel Alpha 5100 ?

Cette semaine, Canon a présenté son EOS M100. Un petit hybride, tout petit, tout mignon, pour lequel le constructeur a prévu toute une panoplie d’accessoires fashions qui, assurément, sauront trouver leur public. Surtout, j’y vois un lointain héritier du Sony Alpha 5100.

« Putain 4 ans ! »

Cela n’a l’air de rien mais le constructeur rouge revient de loin, de très loin même. Il aura fallu attendre plus de quatre ans après son premier hybride pour qu’enfin Canon prenne le segment au sérieux. Rappelez-vous, nous sommes alors en 2012 est l’EOS M vient d’être annoncé. Avec le recul, difficile de dire si l’absence de numérotation résultait du peu d’entrain des dirigeants de la firme à entrer sur le marché des hybrides ou si cela traduisait leur absence totale de développer une gamme complète. Toujours est-il qu’en son temps, et c’est peu de le dire, l’EOS M y est allé à reculons et les testeurs à travers la planète n’ont pas manqué d’en rire. Pour les moins jeunes d’entre nous – bon, d’accord, c’était il y a cinq ans seulement –, l’EOS M est surtout entré dans la légende des Internets grâce au sketch des canadiens de The Camera Store TV, résumant très bien l’état d’esprit de la marque en ces termes :

We all know it’s not a party until Canon shows up.

Malgré une qualité d’image tout à fait honorable – après tout l’électronique était reprise du très bon et populaire EOS 650D –, un autofocus mou du genou et une gamme optique rachitique (qui produira pourtant le très intéressant EF-M 28 mm f/3,5 Macro IS STM avec anneau de LED autour de la frontale) auront vite eu raison de cette première tentative de pénétrer le monde des hybrides. « Salut, au revoir et merci d’être venu hein ! »

Par la suite, Canon les successeurs successifs (oui, j’ai le droit de le dire) se sont succédés : à l’EOS M succèdera l’EOS M2 (2013) non officiellement distribué sous nos latitudes – sauf, semblerait-il, de manière très brève à la FNAC –, suivi de l’EOS M3 (février 2015), puis de l’EOS M10 (octobre 2015) dont je n’ai jamais bien compris qui remplaçait qui ni comment ni à quel niveau de gamme sauf qu’aucun ne parvenait à résoudre le mal qui rongeait la gamme depuis les origines, son autofocus mou du genou. Pourtant, des progrès, il y en a eu hein, ne nous y trompons pas, mais systématiquement les EOS M accusaient un retard d’un an ou deux par rapport aux concurrents hybrides de même génération, les Micro 4/3 d’Olympus et Panasonic caracolant systématiquement en tête. À ce moment de l’histoire, pour être intellectuellement parfaitement honnête, je suis censé parler des Nikon 1, rapides comme l’éclair, mais comme même leur géniteur semble avoir oublié leur existence…

Bref, il faudra attendre la photokina 2016 et l’EOS M5 pour découvrir le premier hybride Canon vraiment crédible. Non pas parce qu’il dispose d’un viseur de bonne facture, ou d’un écran tactile et orientable – technologies que Canon maîtrise fort bien au demeurant, il faut le souligner –, ou d’une interface graphique des plus plaisantes, non, rien de cela. Juste parce qu’enfin il offrait ce qu’aucun EOS M n’avait proposé jusqu’à présent : un autofocus digne de ce nom. Comprendre par là rapide, précis et fiable.

La magie du Dual Pixel AF

Je ne vais pas encore aborder l’EOS M100, ne vous inquiétez pas, je vais finir par y arriver, mais un petit crochet du côté du Dual Pixel AF (DPAF pour les intimes) s’impose. En résumé : ça marche bien. Ça marche même très, très, très bien. À tel point qu’un certain Samsung s’en est honteusement inspiré pour ses terminaux Galaxy S7 (puis S8). Et comme l’imitation est la plus sincère des flatteries (surtout lorsque cela implique un Coréen et un Japonais)…

En moins bref, le DPAF est une architecture capteur particulière. Chaque photosite est divisé en deux sous-photosites A et B, tous deux participant à la captation de l’image mais ceux du groupe B ont cela de particulier qu’ils aident à la mise au point par corrélation de phase. Pour plus de précisions, je l’ai déjà explique dans mon test de l’EOS 70D sur Les Numériques et comme ce premier article est déjà long, pas la peine de l’alourdir inutilement.

Cette technologie marche tant et si bien que, progressivement, Canon l’a adopté et décliné sur tous ses boîtiers : l’EOS 80D, remplaçant de l’EOS 70D, l’EOS-1DX II et l’EOS 5D IV (double consécration en 24 x 36 mm), et plus récemment sur ses reflex entrée et milieu de gamme que sont les EOS 800D, EOS 77D et EOS 200D. Surtout, et cela était prévisible dès la présentation du Dual Pixel AF, il a enfin été adopté dans un hybride lors de la photokina 2016, j’ai nommé l’EOS M5. Car c’est la toute la force du Dual Pixel AF : compenser le retard génétique des reflex dès lors qu’il s’agit d’effectuer la mise au point en LiveView ! Parce qu’autant les reflex sont bons en visée reflex, autant cela devient catastrophique dès lors que l’on vise à l’écran. Problème que n’ont pas les hybrides, puisqu’ils n’ont d’autre choix que de passer par l’écran (ou le viseur, qui n’est rien d’autre qu’un petit écran), moyennant quelques stratégies techniques qui ne sont pas le sujet de cet article. Depuis l’EOS M5, le DPAF a été intégré à l’EOS M6 – qui malgré son appellation appartient à une gamme inférieure à l’EOS M5 et remplace l’EOS M3 (il n’y a pas d’EOS M4 à cause de la superstition autour du chiffre 4 au Japon) – puis, enfin, dans l’EOS M100. Donc dans l’hybride de Madame et Monsieur Tout-le-Monde, selon Canon. Ça y est, j’y viens !

L’Alpha 5100 et l’entrée de gamme : le continent oublié par Sony

Les hybrides Sony cartonnent, le nier serait malhonnête et ce n’est pas mon intention – surtout que j’ai eu un énorme crush pour l’Alpha 9, mais c’est une autre histoire. Pourtant, Sony semble avoir oublié ses racines et ce qui a fait le succès de ses hybrides. Alors, non, si vous répondez « Konica Minolta ! », vous remontez un peu trop loin, mais si vous vous intéressez aux hybrides depuis leurs débuts (en 2009, quand même, ça commence à remonter), vous ne devez pas avoir oublié les Nex – puisque c’était le petit nom des hybrides Sony avant que tout le monde s’appelle Alpha – et tout particulièrement les Nex-5, Nex-5R, Nex-5T auxquels succèderont l’éphémère Alpha 5000 (qui remplacera simultanément le 5T et le 3N), ce qui mènera en bout de course au toujours pas remplacé Alpha 5100.

Cette lignée avait de nombreux arguments à faire valoir : un écran orientable, un capteur APS-C associé à un processeur de qualité (l’inverse est tout aussi vrai), une ergonomie simple (autant que Sony se peut) et, last but not least, une tarification les rendant accessibles au plus large nombre. C’est ce dernier point que semble avoir oublié Sony puisqu’aujourd’hui, à moins de 1000 €, vous ne trouverez pas grand chose au catalogue. Alors que, pendant très longtemps, je n’ai pas hésité à conseiller les Alpha 5000/5100 aux néophytes puisqu’il était possible de se procurer le kit pour moins de 350 €. Si si, il y a eu une époque pas si lointaine où il était possible d’acheter un hybride Sony – avec son objectif – pour moins de 400 €, et ce en dehors des périodes de soldes !

L’EOS M100, star programmée des hybrides à moins de 400 €

 

 

J’y viens enfin. Aujourd’hui, personne n’a vraiment remplacé le Sony Alpha 5100. Il y a bien eu un temps les Samsung NX3000/3100/3300, mais le Séoul ayant définitivement liquidé sa branche appareils photographiques (mais pas sa branche photo), ce serait hors de propos. Le Fujifilm X-A3 ? Oui, il coche toutes les cases, dont ceux du capteur APS-C et de l’écran orientable, mais sa distribution semble tellement confidentielle qu’il peut difficilement prétendre au statut de rouleau compresseur de l’entrée de gamme. Ou alors il se vend très bien et j’ai tort, ce qui ne serait pas impossible tant j’ai peu de visibilité sur ses scores, mais quand je vois à quel point Fujifilm rechigne à nous le prêter pour test… Enfin, c’est une autre histoire. Toujours est-il que les Fujifilm ne sont pas des mauvais produits, bien au contraire, mais c’est surtout sur les segments experts et professionnels que le savoir faire des verts s’exprime le mieux.

L’EOS M100, donc, a tout pour réussir. Et cela ne commence pas par sa fiche technique, qui n’a rien de follichone si ce n’est, vous vous en doutez, son capteur APS-C Dual Pixel AF de 24,3 Mpx et son écran orientable. Le Dual Pixel AF devrait lui assurer une réactivité de bon aloi quand l’APS-C constitue malgré tout un bon argument de vente face aux alternatives Micro 4/3 qui, si elles n’ont techniquement rien à se reprocher, souffrent toujours dans l’esprit du grand public de cet a priori des « petits capteurs ». Ce qui ne manquera pas de faire se tordre de rire tous les vidéastes qui filment en Lumix GH4/5 ou en Black Magic, mais là encore, c’est une autre histoire. Enfin, et c’est probablement l’une des plus grandes force du Canon EOS M100 : c’est un Canon ! Et en termes de notoriété spontané, Panasonic a beau s’échiner à mettre la vidéo 4K/UHD et de la stabilisation 5 axes partout, Olympus a beau ne pas être un jeunot , Sony a beau vendre des Playstation par conteneurs entiers, il n’y a pas grand chose à faire contre les auras toujours un peu magiques et mystiques associées aux noms de Canon et Nikon. Ah, je les vois d’ici les Youtubeuses beauté et vlogueurs de tous poils avec qui son EOS M100 à marinière, qui celui bleu pastel…

Bref. 1569 mots pour dire que si Canon la joue finalement, un boulevard s’ouvre devant lui. (Elle ?) (Eux ?) Le lancement à l’aube de l’IFA 2017, et donc de la rentrée, est très bien joué, puisque l’EOS M100 profite ainsi de la vague médiatique actuelle entourant cette grande messe de la high-tech de retour de vacances. Surtout, cela le positionne idéalement pour figurer en bonne place pour les fêtes de fin d’année : Black Friday, Cyber Days, Noël, Soldes d’hiver. Avec un tarif bien ajusté et une communication intelligente, Canon peut rafler la mise, surtout si les tests confirment ses bonnes aptitudes en termes de qualité d’image et de réactivité. Un appareil simple, efficace, mignon et pas cher : que demande le peuple ? Ah, oui. Que son prix de lancement – 489,99 €, nu, 609,99 € en kit avec le 15-45 mm, 839 € en double kit avec le 15-45 mm + 55-200 mm – passe sous la barre des 400 €. Mais ça, ce n’est qu’une variable d’ajustement parmi d’autres.

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