En attendant la fin de leur monde : joyeux Noël et bon cul de l’An ! De préférence en vert.

Cela vous aura peut-être échappé mais hier, c’était Noël, et demain, c’est 2018. L’intervalle idéal pour partager ma liste de Noël/ liste de vœux pour l’année à venir. Car 2018 sera, au moins pour moi, aussi pleine d’espoirs que de changements.

Figurez-vous que je connais des personnes qui n’aiment ni Noël, ni le premier de l’An. Consumérisme exacerbé pour le premier (alors que cette horreur de Black Friday est à peine digérée), éthylométrie aggravée pour le second, même pas le temps de dire « 5, 4, 3, 0, et après PAF ! Pastèque ! » qu’il faut déjà embrayer sur le CES et les soldes d’hiver. Ah, le CES, ah, les soldes d’hiver. Quand je suis arrivé aux Numériques il y a presque cinq ans jour pour jour (1820 jours pour être précis, c’était le 3 janvier 2013, jour de la création du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes), le CES et les soldes d’hiver ont compté parmi mes trois gros chocs de la journée. Le troisième étant Franck (coucou Franck si tu passes par là !). Mais je m’égare, comme d’habitude.

Pour cette période de l’année, il est de bon ton et de tradition d’égrainer ce que nous aurions aimé trouver sous le sapin. Ce qui, pour un journaliste high-tech, par essence tourné vers le futur et la buvette open bar, revient à grommeler, se plaindre que cette année encore ça a été « bien, mais pas top« , parce que c’était pas forcément mieux avant mais que ce sera assurément mieux demain. Concrètement, c’est à ce moment que je suis censé vous partager mes projections pour l’année photographique 2018, avec toutes les nouveautés que je connais déjà (mais dont je ne peux pas parler because NDA), celles très fortement suspectées par la rumeur publique, celles mécaniquement probables, celles fantasmées et celles délirées par les ingénieurs de forum (ne vous méprenez pas, je les affectionne beaucoup ces ingénieurs de forum). Sauf qu’en fait, non. D’abord parce que pour cela, il y a Les Numériques (du coup il faut que je sorte l’article ad hoc) et qu’ici, c’est Mizuwari (virage sud-ouest) ! Et surtout, parce que d’autres font ça mieux que moi. Par exemple, Tony Northrup et son éternelle tête de Barbie. Enfin, de Ken. Je sais, c’est mal de s’attaquer au physique. (Mais, sérieusement, vous trouvez pas qu’il est un peu trop bronzé, avec des dents un peu trop parfaites ?)

Du coup, pas de Madame Irma ici, ce soir, ni demain, ni après-demain. Je ne dis pas jamais, car il ne faut jamais dire jamais, puisqu’on n’est jamais à l’abri d’une lubie irmesque, mais ce n’est définitivement pas maintenant que je pronostiquerai le Lumix GH5s (99 % de certitude pour Q4 FY18), le Sony Alpha 7s III (95 % sûr pour Q4 FY18), ni les hybrides Canon et Nikon, ou Nikon et Canon (100 % sûrs pour FY19), qui seront forcément très haut de gamme (83 % sûrs), même si on n’est jamais à l’abri d’un arbitrage foireux des croutons effrayés par la nouveauté qui leur sert de Board (42 % sûr). Donc voilà ce que j’aimerais.

D’abord, trouver le temps de finir de lire « A History of Photographic Lens« , de Rudolf Kingslake. Un ouvrage tout à fait passionnant et même parfois amusant puisque, publié pour la première fois en 1989 (et jamais mis à jour depuis), il y est question de ces technologies du futur que sont les lentilles asphériques et l’extraordinaire puissance de calcul des ordinateurs capables de réaliser 10 000 opérations à la seconde ! Forcément, quand on voit qu’aujourd’hui le moindre processeur x86 domestique est capable d’effectuer 3 000 000 000 de calculs à la seconde (soit trois mille fois plus), il y a de quoi sourire mais rapporté à l’époque des abaques logarithmiques où le calcul du parcours d’un rayon à travers une optique « simple » prenait, pour un bon ingénieur, une vingtaine de minutes, cela donne une bonne idée du chemin parcouru. Magie du progrès technique qui permet désormais à tout un chacun de disposer d’un bon appareil photographique dans sa poche : ça s’appelle un smartphone, et même mon père en a un. (D’ailleurs, je vous raconte pas le choc lorsqu’il m’a demandé des conseils pour remplacer son iPad, lui qui en est encore à pleurer la disparition du télétexte depuis dix ans…) Smartphones que l’on achète et rejète aujourd’hui aussi souvent qu’un vieux jean usé. D’ailleurs, vous saviez qu’un Français jette en moyenne 9,2 kilos de vêtements par an, d’après une estimation de l’entreprise normande Cobanor Tritex ?

 

Pour ceux qui ne l’auraient pas connu, le télétexte, ça ressemblait à une sorte de Minitel, mais sur la télé, donnant plein d’informations contextuelles sur l’actualité et les programmes de la chaîne concernée. C’était chouette, en fait. — Crédits : Wikipédia

 

Ce qui me permet d’enchaîner idéalement sur l’autre lecture qui me tient à cœur, une étude publiée par Greenpeace le jour de mes 30 ans. Intitulé « Guide to Greener Electronics 2017« , ce rapport dresse le portrait de la politique de 17 entreprises de la High-Tech en ce qui concerne les énergies renouvelables, le soin apporté à une conception durable et à l’utilisation de ressources renouvelables (hey, salut obsolescence programmée !) ainsi que leur vigilance quant à l’emploi de composants chimiques nocifs pour la santé (des employés, des utilisateurs et de la Nature). Habitué de l’exercice, Apple y reçoit une étonnante bonne note, arrivant deuxième sur le podium avec son B-, le premier étant Fairphone, qui n’est auréolé que d’un B. Toutes les autres entreprises sont soit notées C+ (Dell, Hewlett-Packard), C- (Lenovo, Microsoft), D+ (Acer, LG, Sony, Google), D (Huawei, Asus), D- (Samsung) voire F (Amazon, Oppo, Vivo, Xiaomi). « F », comme « Foutage de gueule » ou « F*** You« , je présume.

Ah, si seulement le « Guide de l’électronique verte » était aussi drôle que le « Guide du Voyageur Galactique »…

Vous noterez qu’aucun grand nom de la photographie ne figure dans la liste (à l’exception de Sony, mais son activité photographique n’est jamais évoquée, production de capteurs incluse). Du coup, je serais curieux de voir comment s’en sortent, par ordre décroissant de taille industrielle, Panasonic, Canon, Fujifilm, Olympus, Ricoh-Pentax et Nikon… Et, justement, c’est finalement là que je veux en venir. (Ouf !)

Mon souhait, pour 2018, n’est pas forcément l’arrivée de centaines de nouveautés. En vrai, je n’ai pas envie de retrouver l’époque où quasiment un nouvel APN était annoncé tous les quatre matins, littéralement. En fait, je n’ai même pas envie de voir des produits remplacés parce que « c’est le rythme normal de remplacement » ou « attends, mais ça fait plus de 12 mois qu’il est commercialisé ». Pourtant, je me sais joueur, tout à fait conscient que la nouveauté m’excite et que cet éternel jeu du chat et de la souris fait partie du métier. Mais il arrive un moment où je ne peux plus me contenter d’être une cheville ouvrière de l’obsolescence programmée et d’une photographie essentiellement consumériste qui ne trouve de raison de raison de vivre que dans un faux renouvellement perpétuel. Du vert, je veux en voir ailleurs que dans les courbes de croissance des bilans financiers.

Pour 2018, et pour les années qui suivent, j’aimerais donc que, à ma petite échelle et dans le domaine pour lequel j’ai une soi disant expertise, les constructeurs d’appareils photo réfléchissent plus leurs développements sur le long terme. Parce que la satisfaction client n’est pas qu’une question de pixels et de nano-secondes grappillées ici et là. Si ça se trouve, c’est peut-être déjà le cas : les têtes bien faites (ou en tous cas bien pleines) des ingénieurs des uns et des autres réfléchissent probablement déjà à des appareils photo biodégradables… mais à cause d’une pudeur toute japonaise mal placée, ils n’en parlent pas.

Lorsque j’en discutais voilà quelques jours avec un ingénieur d’un célèbre constructeur d’Ōsaka, il avait semblé surpris que ce genre de considération puisse intéresser les gens. Étonnement d’autant plus amusant de la part d’une marque qui aime bien jouer les prolongations avec ses APN : le Lumix FZ200 est encore au catalogue de nombreux revendeurs, les Lumix G7 et GX80, respectivement sortis en 2015 et 2016, demeurent indétrônables dans leurs catégories. Aujourd’hui, les constructeurs ont les moyens technologiques de rendre, justement, leurs technologies pérennes, lesquelles progressent de toutes manières bien plus vite que nos besoins pour produire de belles images et se faire de beaux souvenirs. Il y a donc, en la matière (verte), une jolie carte à jouer, d’autant plus que les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 approchent à grands pas et que le monde aura les yeux braqués sur le Pays du Soleil Levant.

Bref. Je n’aime toujours pas Noël, mais en vieillissant, j’aime de plus en plus la photographie. Et même si cet amour, comme tout amour, évolue avec le temps, ce n’est que pour mieux l’embrasser que cette année 2018 sera, pour moi, bien différente des cinq dernières. Et, vous avez vu, j’ai été sympa : je ne vous ai même pas parlé de la problématique des Terres Rares ni des conditions de travail dans les usines asiatiques et pas du tout de commerce équitable ni d’éthique (ah ah). Parce qu’après tout, c’est la trêve, et tout ce qu’il me reste à faire, c’est de vous souhaiter un « bon cul de l’An » ! C’est comme ça qu’on dit dans mon pays de mangeurs de chocolatines. Et comme je suis décidément super sympa, je vous laisse avec un bonus musical et ces bons mots d’Akhenaton :

Mécontent des schémas qu’on nous propose, je cultive maintenant
Les roses dans mon microcosme
Mesure les dégâts minimes que mon micro cause
Ça ne peut qu’aller mieux alors j’attends la fin de leur monde…

1 commentaire sur “En attendant la fin de leur monde : joyeux Noël et bon cul de l’An ! De préférence en vert.”

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