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L’humeur du dimanche : j’aime pas Konbini Cheese

Il y a ceux qui sont frappés par la foudre, ceux par des révélations et ceux qui se frapperaient bien la tête contre un mur. Et aujourd’hui, une publication sponsorisée de Konbini Cheese sur Facebook me donne envie de tout cela.

Il faut bien vous l’avouer, j’ai parfois tendance à jouer au vieux con, et cela n’a rien à voir avec le fait que je n’ai rien publié ici depuis un mois (désolé, désolé, désolé, désolé, je n’ai pas vu le temps passer) ni le fait que ce mois-ci, justement, je suis devenu un peu plus vieux (30 ans, c’était le moment 3615 MyLife) et peut-être un peu plus con. Mais ça, je vous laisse en juger. Bref, entrons dans le vif du sujet.

Ce beau dimanche matin un peu venteux de novembre 2017, donc, tout en me préparant mon finalement pas si sacro-saint thé du réveil, j’ai mécaniquement fait ce qui est devenu un mauvais réflexe de la plupart des gens de ma génération : consulter mon fil Facebook. Et, bonne nouvelle, le monde va toujours aussi mal, les chats sont toujours aussi vicieux et c’est pas demain la veille que l’égalité femme-homme sera pratiquée. J’en étais là de ce constat d’échec effarant, et l’eau de mon thé bouillait toujours, quand je suis tombé sur cette publication (sponsorisée) :

C’est le moment où je dois remercier mes 23 amis Facebook déjà abonnés à la page de Konbini Cheese, sans lesquels je n’aurais pas eu droit à cette suggestion… et sans lesquels vous auriez échappé à cet article.

Comment exprimer tout le mal que je pense de Konbini Cheese – que je vais désormais simplement écrire KC, comme « KC la voix » – sans être grossier ? Déjà, rappelons que KC est la branche armée de Konbini crée en association avec Orange dédiée à la photographie, ce qui implique tout le brand content de Konbini, ses casseroles et ses controverses, combiné à une profonde incompétence lorsqu’il s’agit de parler de photographie. Pour faire court, disons que c’est un peu la version française de Petapixel, en beaucoup moins bien, mais sans la période ou Petapixel avait encore des choses intéressantes à partager pour directement passer à où Petapixel se contente de boucher les trous avec du pute-à-clique. KC, c’est donc un peu comme le poulet du KFC, mais avec encore moins de consistance.

Et puisque nous en sommes à faire des parallèles américains, KC, c’est un peu comme un film de Michael Bay ou de Uwe Boll : tu sais que ça va être tout pourri, tu sais que tu vas dépenser 10 € dans une place de cinéma pour dire à la fin que tu aurais mieux fait d’utiliser ces 10 € plus intelligemment ailleurs (genre, ), tu sais que tu vas perdre deux heures de ta vie à recevoir des coups de genoux dans le dos et des morceaux de pop-corn dans les cheveux mais, bon, comme tu es un peu masochiste, un peu con et un peu naïf – parce que oui, Michael Bay a un jour fait des films sympas, dont « No pain, no gain« , par contre pour Uwe Boll on cherche toujours –, bah, tu y vas quand même. Et tant pis pour tes convictions anticapitalistes, anticonsuméristes et en titane : tout cela ne fait pas le poids contre la tentation des plaisirs coupables. Du coup, bah, comme je suis un peu masochiste, un peu con, un peu vieux, un peu naïf, j’ai cliqué, même si je savais que ça allait être tout pourri. Spoiler alert : c’était tout pourri.

Alors, oui, je sais bien qu’il en faut pour tous les goûts, pour toutes les sensibilités, et que tout le monde n’est pas un technicien et qu’en vrai, la technique, la plupart des gens s’en foutent – et en vrai, ils ont bien raison – mais, quand même, c’est pas parce qu’on fait dans l’infotainment qu’il faut transformer ses synapses en sphincters : respectez-vous, bordel. Soyez dignes, même si vous êtes un rédacteur probablement payé au lance-pierre ! (Attention, un pléonasme se cache dans la phrase précédente).

L’article en question, publié le 31 octobre 2017, parle donc du Lumu Power, un accessoire pour iPhone venu de Slovénie financé par une campagne Kickstarter au cours de laquelle près de 320 000 $ ont été levés lorsqu’elle a été bouclée fin 2015. La promesse est assez simple, et dans le fond, plutôt honorable : transformer votre smartphone en cellule à main, pour la mesure de la lumière aussi bien réfléchie qu’incidente. Ça, plus gérer les éclairs de flash et mesurer la température de couleur, ce qui permet de se démarquer du précédent produit des Slovènes (Lumu, qui avait déjà permis de récolter 244 000 $ en 2013). Tout ceci pour la modique somme de… 299 $. Voilà voilà. Où en étais-je ? Ah, oui. Il y a deux choses qui me désolent dans cet article : le contenu et le contenant. Je vais commencer par le contenant.

Avec son design parfait, sa forme ronde sertie d’une base en acier inoxydable et une agréable légèreté, le Lumu Power pourrait aisément passer pour une petite lampe de poche.

Mais bordel, non ! C’est juste rond, il n’y a rien de plus simple que le rond, pas besoin de dire que c’est parfait ! D’autant plus que, pour une cellule à main, ça s’appelle une boule de diffusion, et que les photographes du monde entier (ou en tous cas les plus vieux d’entre nous et/ou ceux passés par une école photo) savent que pour remplacer cette boule il suffit de couper une balle de ping-pong (blanche) en deux et hop, ça fait l’affaire !

Une fois branché sur votre smartphone, l’appareil calcule l’exposition ambiante de votre environnement, et vous donne les valeurs exactes de la vitesse, l’ouverture du diaphragme et l’ISO pour faire le bon réglage de votre lumière.

C’était bien essayé mais, non, ça ne calcule pas l’exposition ambiante et on ne règle pas la lumière sur un appareil photo. Par contre, on peut mesurer la lumière ambiante et on peut régler l’exposition en conséquence. C’est con, hein, mais la technique, c’est pas une salade de quinoa : ça ne suffit pas de tout verser dans le désordre et mélanger vigoureusement en assaisonnant joyeusement d’approximations.

La partie bombée mesure l’exposition naturelle ou avec flash, et la surface plane mesure l’éclairage, la température des couleurs et la chromaticité.

Donc l’auteur fait l’effort d’aller déterrer le terme « chromaticité », qui existe bel et bien, même si on utilise plus fréquemment son synonyme qui est chrominance, mais se plante au paragraphe précédent ? Hummm…

« Il peut voir la lumière même quand vous pensez qu’il n’y en a pas », revendique l’entreprise.

Bah, en même temps, si tu n’y vois rien, tu prends pas de photo. Et la plupart du temps, en fait, toujours, lorsque tu utilises une cellule à main, c’est pour mesurer la lumière là où tu te trouves. Du coup, si tu as besoin de prendre une photo de nuit, ou là où il y a très peu de lumière, il y a fort à parier que ce soit dans des conditions de photo de rue ou de photo animalière, auquel cas tu n’as pas besoin de cellule à main pour aller prendre ta mesure directement sur la bête – sauf si tu t’appelles Kyriakos Kaziras, mais c’est une autre histoire.

Quelque part, je me dis que cet article n’est pas à blâmer puisque, dans le fond, il est conforme à la ligne éditoriale du site : partager sans apprendre, amuser sans critiquer – la seule « critique » émise étant la compatibilité du bidule avec les seuls produits Apple munis d’une prise Lightning (alors que la version précédente se branchait via la prise jack). Et dans le cas du Lumu Power, c’est vraiment partager un accessoire qui ne sert pas à grand chose au commun des mortels, qui coûte affreusement cher et qui ne constituera qu’un déchet électronique de plus venant s’oublier sur l’une de vos étagères. Et tout ça pour la modique somme de 299 $ alors que, bon, pour transformer votre smartphone (iOS ou Android) en cellule à main, une application gratuite suffit largement. D’autant plus qu’à moins de faire du studio ou de la vidéo, si vous en êtes à peaufiner vraiment votre exposition et votre gestion des gélatines sur vos éclairages, c’est que, a priori, vous avez déjà le budget pour vous acheter une véritable cellule à main, comme celles de Sekonic. En extérieur, si vous avez besoin d’une cellule, c’est que vous faites de l’argentique, et si vous faites de l’argentique, vous n’en avez un peu rien à faire de la balance des blancs, aussi bien en négatif noir et blanc qu’en couleur, et même en ekta (même si je reconnais que là, ça se discute). Et, encore moins cher : vous pouvez apprendre à lire la lumière.

Du coup, s’il y a des gens qui veulent m’expliquer le sens de la vidéo « promotionnelle » de Lumu pour leur campagne Kickstarter, je suis preneur.

Bref. L’accessoire parfait des bobo-hipsters qui ont un peu trop d’argent à dépenser dans des campagnes Kickstarter foireuses – je ne vous ai pas parlé ici du « Yashica Y35 » mais je vous invite à lire ce que j’en pense sur Les Numériques et ce qu’en pense mon ami Adrian sur 01net.  Mais au moins, tout cela m’aura permis de pousser mon petit coup de gueule de début novembre, de me rappeler à votre bon souvenir et de vous dire que d’autres vrais articles sur de vrais sujets sont en préparation. Sur ce, je vous laisse. Avec tout ça, j’ai pas eu le temps de boire mon thé bio équitable du Sri Lanka. En plus, il y a une salade de quinoa et tofu caramélisé (aux trois poivres) et du repassage de chemises à carreaux qui m’attendent.